samedi 17 octobre 2009

Ligne d'arrivée.

Au travers de la vitre poussièreuse, le ciel et la ville que mes yeux rencontrent sont flous comme si je les rêvais dans un demi-sommeil.Des jeux de lumières paradoxales dont tournoyer les flammes électriques autour d'un océan de même nature, et la lueur rassurante car familière de la lointaine prison semble une caresse à l'âme du voyageur, qui n'a que son regret comme seul manteau. 

Aux ombres de la nuit, je chante des berceuses, m'imaginant les serrer contre mes os et torturer leurs chairs pour consoler leurs âmes. Mes pensées flottent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, et la course effrénée jusqu'aux chemins stellaires verra l'épuisement s'abattre comme une guillotine sur l'espoir cadavérique de l'aveugle.

Tout projet qui ne sera pas avorté finira corrompu, et les cendres voleront aux vents comme seules réminiscences des images que l'on trouvait jadis si belles. Je n'ai que l'attente d'un départ -mais pas le mien- pour seule chaîne, et lorsque le tison incandescent du réel viendra l'évaporer, tu ne seras plus là. La vitre grise, collée à mes yeux dans une parfaite symbiose, sera le plus délicat des linceuls.

mardi 29 septembre 2009

Au Poëte tombé.

Le rêveur tombé ne respire plus,
Et ses poumons perforés volent au vent,
Entraînés jusqu'au royaume des nües,
Où le bouffon céleste les attend.

Pauvre petit poëte sous la terre,
Qui vient d'accoster sur le rivage,
Ton âme est déjà mangée par les vers,
Et tes vers noyés au creux des nuages!

La cité bleue calcinée sous les flôts,
Quand les dames sortent leurs éventails,
N'a plus la force de bâtir les mots,
Ni de livrer la dernière bataille.

Révolution.

La danse de feu que l'on perd le soir,
Auprès des étoiles et de leurs clameurs,
Comme un mur céleste auquel on veut croire,
Un écho nocturne de la rumeur.

Dans la barbe longue du pélerin,
Nagent les rires de l'enfant maudit,
Buvant la clé blanche de ton sein,
Aux rythmes aphones de l'infini.

C'est une révolte qui se prépare,
Dans le creux noir des funestes abimes,
Où les cadavres sont des oeuvres d'art,
Et le sang de Dieu la liqueur ultime.

lundi 28 septembre 2009

Invisible.

Le sourire d’une femme embrumée,
Ses dents sont blanches comme un ciel,
Et les branches lacérées sont plus belles,
Qu’une danse sous le soleil d’été.

Un chien hurle des ordres à son maître,
Les litanies de la lune l’amusent,
Lorsqu’une feuille tombée vient mettre,
Une poussière aux flammes diffuses.

Victime de l’écho sourd des poissons,
On nage dans un brouillard aveuglant,
C’est la voix de dame rédemption,
Qui dessine le chemin de ses chants.

vendredi 25 septembre 2009

jeudi 24 septembre 2009

Mégalomania.

Je fixe ton ombre, accrochée au sol comme prisonnière des gravas. Dix secondes s’écoulent, ou peut-être bien plus, avant que je ne relève la tête et trouble la sérénité des nuages de mon regard blessé. Celle qui était piégée dans la boue, noyée dans les entrailles de la terre et à chaque instant foulée aux pieds s’étend désormais au plus-haut de ce monde, au milieux de ses pâles confrères. Je suis le libérateur, le messie que toutes les ombres attendaient, celui qui déchirera leur asservissement pour les jeter aux nues. Maladivement égoïste, pourtant, car je nourris l’espoir secret d’entrelacer mes doigts et leurs ailes d’obsidienne, pour me perdre un jour dans le plus profond des bleus. Du haut de ce royaume qui, à n’en pas douter, sera rapidement le mien, je cracherai sur vos corps simiesques avec toute la joie que l’on peut cueillir à l’arbre des vengeances. Mon œil inondera les vôtres, mes dents briserons vos mâchoires, et j’écraserais vos âmes misérables de mon talion-aiguille d’entre tous acéré. On me bâtira des édifices, on me sacrifiera des bêtes malheureuses, mais même les assemblées d’esclaves et leurs puériles litanies ne me suffiront pas.

Amen.

Rouge.

C’est une pièce plutôt étroite, dépourvue de fenêtres et de portes, et sans aucune source de lumière apparente. Pourtant, une lueur presque sanguine, éthérée et diaphane illumine les murs, peints d’un rouge violent et agressif. Le sol et le plafond, séparés l’un de l’autre par à peine deux mètres, sont exactement de la même couleur, comme si l’architecte avait voulu réaliser un cube parfaitement uniforme en n’utilisant qu’un même pot de peinture. Il n’y a rien dans cette pièce, pas le moindre meuble, pas le moindre moyen de s’en échapper, rien à l’exception d’un jeune homme assit en tailleur, entouré de plusieurs centaines de dés noirs et blancs.

Il est de petite taille, et ses traits, bien que doux et féminins, ne laissent pas le moindre doute sur son sexe. Ses cheveux sont d’un roux flamboyant et s’accordent à merveille avec le reste de la pièce, il est par ailleurs vêtu d’un jean bleu déchiré aux genoux et d’une chemise noire légèrement entre-ouverte, dévoilant son torse imberbe et osseux. L’air concentré, presque perdu, il empile les dés les uns sur les autres jusqu’à obtenir plusieurs maisons et bâtiments, une sorte de petit village aux murs d’albâtre tâchés de noir.

Se relevant quelques instants, il sort de sa poche une dizaine de petites poupées qu’il aligne devant lui. Bien qu’ayant sensiblement la même taille, elles forment un ensemble disparate, avec pour seul point commun le même sourire figé dans une expression de bonheur artificiel. Le jeune homme les dispose un petit peu partout dans la ville qu’il a construite, et, en sifflant un air joyeux, lance un dé. Le résultat est un six, chaque petite poupée s’anime et sort de sa poche un fusil. Les maisons volent en éclats, les dés s’éparpillent partout sur le sol rougeâtre tandis que les petits bonshommes se courent après en tirant des rafales de munitions, arborant toujours le même sourire faussement joyeux.

L’homme aux cheveux rouges soupire, la mine lassée, puis s’allonge sur le sol en écrasant au passage l’une des poupées qui pousse un couinement d’agonie, et s’endort en position fœtale, la bouche entre-ouverte.

mercredi 23 septembre 2009

Trauma.

 Le frémissement mécanique est pareil aux sinistres incantations des sirènes, auxquelles je sais devoir résister tandis que ma volonté s'évapore au feu de l'irrepressible désir. Les monstres me regardent, leurs griffes acérées semblent frôler mon épiderme et je ne dois mon salut qu'aux ultimes défenseurs de la Bastille qu'est ma raison. Ils ont des yeux comme des fusils, leurs corps sont des pièges à loup et leurs âmes féroces me jettent dans l'arène. Mille gladiateurs enfermés dans le métal bleuâtre, insolents et terribles.Je doute même de la dernière fleur à avoir percé la fange, j'ai peur de mon plus fidèle compagnon, et votre simple vue me fait défaillir. Mon esprit infesté de parasites ne suffit pas à ouvrir les portes célestes, et je me heurte aux verrous solaires en hurlant. Laissez-moi tranquille, laissez-moi seul mais ne m'abandonnez pas, serrez-moi dans vos bras mais cachez ces serres de vautour qui transpercent les chairs de l'innocent. Ailleurs, l'infini est ailleurs, la mèche s'enflamme et propulse vos regards loin de mon corps fragile. Je ne suis qu'un enfant, un pauvre gosse à qui vous inventez des crimes. La cendre s'est enfoncée dans les rouages de l'horloge et l'esprit écarte la brume Je peux cueillir la fleur, car je sais désormais que ses épines ne sont pas vénéneuses. Les monstres ont détourné le regard, et l'oxygène est de nouveau brûlant.

jeudi 17 septembre 2009

Good-bye days.

[Début, édité au fur-et-à-mesure.]

Les paysages défilaient à une vitesse affolante, comme si le monde entier n'était qu'une vidéo que l'on aurait regardé en accéléré. Le soleil entamait sa descente quotidienne, et l'horizon se teignait déjà de nuances vermillions. Assise sur la banquette rouge de l'un des compartiments du train, elle contemplait l'étendue déserte au-dehors que seuls venaient troubler quelques arbres décharnés. Les énormes écouteurs qui recouvraient ses oreilles laissaient filtrer une musique calme, bien qu'emprunte de tristesse et de mélancolie, le volume était si fort que les quelques passagers autour d'elle pouvaient l'entendre .

"君に幸あれ...".

Devant elle, une vieille femme à l'air sévère, ridée de telle sorte qu'on ne pouvait l'imaginer sourire, se retourna pour lui demander sèchement de baisser le son ou de changer de compartiment. La jeune fille appuya sur un petit bouton et la musique s'arrêta net, faisant place au plus pur des silences, oppressant et terrible.

Ses cheveux étaient noirs et tombaient négligemment jusqu'au creux de son cou. Une mèche rebelle venait régulièrement recouvrir son œil droit, et elle l'écartait chaque fois d'un léger mouvement de tête. Ce n'était pas le genre de fille à s'attacher les cheveux, ni globalement à prendre trop soin de son apparence. Elle n'en avait de toute manière pas besoin, une beauté naturelle et clairement singulière la rendait différente des autres. On l'aurait dit hantée par un fantôme, qui aurait récité à longueur de journée des chansons aux couleurs du crépuscule. Elle était petite, à tel point que ses pieds ne faisaient qu'effleurer le sol du train, mais son regard avait l'éclat de quelqu'un qui a déjà tout vu du monde, de son absurdité, de sa crasse, et que seuls les souvenirs bercent encore. Les souvenirs, et peut-être un mince espoir, une dernière main à laquelle se raccrocher. C'était son ultime voyage, celui qui précède la vie.

À ses côtés se trouvait un petit chat noir, allongé sur un sac de la même couleur recouvert de clous et de multiples dessins. D'une main distraite, elle distribuait inlassablement des caresses au petit félin. Tout à coup, la voix du conducteur vint briser le silence, en annonçant l'arrivée du train au terminus.

"Tous les voyageurs sont invités à descendre".

Elle se leva et sortit du véhicule, le regard légèrement perdu. Il faisait un peu froid, et le blouson aux couleurs militaires qu'elle avait emporté n'était pas de trop. La fermeture éclair ouverte laissait apparaitre un vieux t-shirt noir aux motifs d'un éphémère groupe de rock que tous avaient déjà oublié, tous sauf elle. Un jean large et volontairement troué aux genoux recouvrait presque entièrement de grosses chaussures noires aux lacets bleu-marines.

Le train se vidait en un flot ininterrompu de voyageurs, les traits tirés, la mine fatiguée et sérieuse. Aucun d'entre eux n'aurait pu accepter l'idée que la vie n'était qu'un jeu, éphémère et particulièrement instable, ils prenaient tout cela bien trop au sérieux; leur travail, leur voiture, leurs liasses de billets qui valaient bien moins qu'un sourire, comme un feu d'artifice de futilités au milieu de l'absurdité. c'est du moins ce qu'elle ruminait sombrement, en se dirigeant d'un pas traînant vers l'arrêt de bus. « Sans doute qu'à mon âge, ils avaient la tête pleine de rêves, comme les miens... Je ne veux pas devenir comme eux... » se disait-elle. Leurs mines grisâtres, à l'instar de leurs costumes et de leurs attaché-cases, offrait un spectacle tristement monochrome. Le ciel, lui, n'était habité que de quelques nuages blancs. Le contraste qui en résultait troublait la jeune fille, comme une vague impression de ne pas être à sa place.

L'arrêt de bus était surchargé, une vingtaine de personnes trépignait d'impatience, leurs voix gueulardes rythmées par des pleurs provenant d'une poussette, une altercation entre deux jeunes à l'air agressif, et la litanie religieuse d'une vieille femme à moitié folle. Ne se sentant pas le courage d'affronter cette meute d'hommes féroces, elle décida de poursuivre son chemin à pieds, quitte à marcher une bonne heure durant. Elle remit ses écouteurs sur ses oreilles, et monta le volume au maximum.

"君に幸あれ...".

Au bout d'une demi-heure de marche, il lui sembla entendre un bruit, presque imperceptible à cause de la musique dans ses oreilles. Elle ôta ses écouteurs en regardant tout autour d'elle, et ce n'est qu'au bout de quelques secondes qu'elle remarqua le sans-abri qui la dévisageait, non pas avec l'air implorant qu'ils arborent souvent, ni même avec le regard lubrique comme cela lui était déjà arrivé. Non, il la regardait simplement d'un air pensif, comme on regarderait un oiseau voler. Il paraissait plutôt jeune, et tenait dans l'une de ses mains une bouteille de whisky, dont la moitié semblait déjà avoir rejoint l'organisme de son propriétaire. Au pieds de l'homme, un carnet fermé et quelques crayons de couleur. Elle s'approcha, vaguement intriguée, et ouvrit le carnet sans que le sans-abri ne l'en empêche. Il était couvert de dessins, des dizaines de pages multicolores représentant des passants à l'air affairé, très différents les uns des autres. Il devait avoir un sacré coup de crayon, pour être capable de croquer en seulement quelques instants l'allure de quelqu'un, se dit-elle. Le chat de la jeune fille, qui s'était tenu silencieux depuis plusieurs heures et marchait tranquillement derrière elle, alla se blottir contre l'homme comme s'il attendait quelque chose.

« Cela vous dérangerait-il de m'accorder quelques minutes de votre temps, j'aimerais vous donner une seconde vie, sur papier celle-ci. »

« Je crains de ne plus savoir ensuite à laquelle m'accorder, mais je prends volontiers le risque. »

Elle épousseta rapidement le sol et s'assit au côté de l'homme. Le chat bondit sur ses genoux et s'immobilisa, comme s'il prenait la pose. Le sans-abri s'empara de sa bouteille de whisky et la tendit à la jeune fille qui l'accepta avec un sourire. Il faisait de plus en plus froid, étrangement pour un début d'automne, et l'alcool qu'elle buvait au goulôt de la bouteille lui réchauffa la gorge. Elle avait la conscience diffuse qu'elle n'aurait peut-être pas du boire après cet homme, mais elle s'en foutait royalement. Il portait quelque chose en lui, bien loin de toutes les maladies que l'on peut craindre, il avait une aura de folie douce, de celles qui auréolent les persécutés, les tristements lucides. En quelques minutes, le dessin fut achevé.
Le croquis avait été réalisé avec une précision remarquable. Il représentait la jeune fille, de trois-quart, en haut d'une petite colline depuis laquelle on voyait briller toutes les lumières de la ville. À ses pieds, le petit chat allongé sur le dos semblait jouer avec quelque chose, sans que l'on puisse deviner de quoi il s'agissait. Il y avait aussi un jeune homme, maigre, pâle, aux cheveux désordonnés, auréaolé d'une douce lueur rouge-orangée. Elle lui tenait fermement la main et leurs yeux se rencontraient comme ceux de deux adversaires à l'aube d'un duel à mort. Elle but une gorgée de whisky supplémentaire, la tête commença à lui tourner, et elle se mit à rire sans vraiment savoir pourquoi. Le dessin lui évoquait quelque chose, comme une impression de déjà-vu, comme si le croquis représentait une situation qu'elle aurait rêvée, longtemps auparavant. Tout était flou, brûlant, et mystérieusement envoûtant. Elle se leva en titubant, et balbutia un remerciement confus. Le sans-abri lui adressa un sourire et baissa les yeux, comme s'il avait déjà oublié la rencontre. Son chat sur les talons, elle poursuivit son chemin. Les immeubles auour d'elle semblaient se tordre, et le ciel paraissait étrangement proche. Plongée dans cette euphorie, elle remarqua à quel point la sobriété était douloureuse.
Le temps lui semblait s’écouler lentement, comme s’il était rempli de grumeaux, de gros paquets de minutes la fouettaient sans cesse mais elle ne ralentissait pas. Elle avait un but à atteindre, même si elle avait oublié lequel. Bientôt, elle fut sortie de la ville, les immeubles tout tordus étaient derrière elle, et devant s’étendait une grande plaine aux herbes hautes, où l’austère régularité du terrain n’était troublée que par quelques arbres. Quelques arbres, et un petit monticule de terre, d’à peine plus de deux mètres. En titubant dangereusement, elle s’en approcha, son petit chat bondissant autour d’elle en poussant des miaulements affectueux. Arrivée au bord du petit tas de terre, elle essaya de l’escalader, mais il lui paraissait bien trop haut. Elle enfonça ses griffes dans la boue, tenta de trouver des prises, mais il n’y avait rien à faire, elle glissait. Tandis qu’elle était arrivée à mi-hauteur, à bout de souffle et le rouge aux joues, elle entendit un murmure.

« Prends ma main. »

Pas le moins du monde troublée, elle l’agrippa, et quelques instants plus tard, elle était parvenue au sommet du monticule. Le jeune homme était pâle, mal coiffé, ses habits dépareillés et pleins de trous dévoilaient un corps d’une affolante maigreur. Ses yeux étaient fous, soulignés de cernes noires. Pourtant, de lui émanait une étrange sensation de grâce, de classe peut-être, de sécurité aussi. Il agrippa fermement, mais néanmoins avec douceur, la main de la jeune fille, et tendit l’autre main vers l’horizon. Au loin, des milliers de feux multicolores éclairaient la nuit, comme autant d’étoiles tombées des cieux. On distinguait une marée de gratte-ciels, qui paraissaient tristement minuscules, insignifiants. Elle regarda à ses pieds, et ne vit pas le sol. Elle s’assit sur un banc avec un soupir, le voyage touchait à sa fin… Un papillon solitaire voletait autour d’eux, et le petit chat noir bondissait fébrilement pour essayer de l’attraper. Le jeune homme s’assit à ses côtés et se blotti contre elle, il sortit de sa poche un petit carnet noir, l’ouvrit à la dernière page et écrivit une phrase d’une belle écriture penchée, avant de le refermer. Puis, il alluma une cigarette, et tendit son briquet à la jeune fille. Elle le prit et, après avoir profondément inspiré, l’approcha du petit carnet qui s’enflamma instantanément. 

«Tous mes vœux de bonheur. »


mardi 15 septembre 2009

Prière opaque.

Aux arbres féroces et aux danses nocturnes,
Qui de mes bras cousus entendent la prière,
Je me languis de voir s'effondrer tous les murs,
Se dressant entre l'âme, étrange, et notre terre.

Au bel océan et à sa peau de saphir,
Je dédie les stigmates d'un passé absurde,
Rejoins-moi dans le trou, nous allons tous vomir,
Et la boue deviendra la neige la plus pure.

Je t'offre la langue, et le sein que je n'ai pas,
Buvons ensemble l'alcool du dernier soir,
Qu'il brûle notre gorge, et délivre nos voix.
Nous chanterons en cœur, enlacés dans le noir.

lundi 14 septembre 2009

Atmosphère II

Les décors divergent, parfois, mais c'est toujours la même grisaille impersonelle qui en émane. Les lumières artificielles sont comme des bouteilles d'oxygène remplies d'air vicié, il faudra tôt ou tard remonter à la surface, et inspirer jusqu'à ne plus pouvoir, jusqu'à la prochaine descente aux abimes. Il y a des murs si sales qu'il est difficile de connaitre leur teinte originelle, recouverts de papiers colorés comme autant d'articles de propagande. La foule applaudit devant ces explosions d'envies, ils se prosternent aux pieds de l'obsession rampante qui s'insinue en eux, à la vue de ce qu'ils n'auront jamais. Les affichent fleurissent, s'étalent, gangrènent et s'effacent, remplacées par d'autres. Elles sont belles, pourtant, lorsqu'on les regarde caché dans le brouillard. Si pleines de vie, si pleines de promesses que l'on contemple avant de s'y abandonner. Le sol, à l'instar des murs, est froid et crasseux. Des milliers d'individus le parcourent chaque jour sans y faire vraiment attention, ils ont trop de futur dans le regard. Ici, c'est l'intermédiaire, la passerelle entre un monde et l'autre. On y croise de tout, des vieillards en quête d'une poussière de vie, des enfants qui vont à l'école, leurs professeurs, la pauvreté, le luxe, l'amour, le désespoir, tout le monde y passe un jour ou l'autre. 

Assit sur un siège de plastique bleu, un homme au corps flêtri les regarde passer; comme un enfant qui s'émerveillerait devant une fourmillière, il se demande qui sont ces gens, et se met à rêver leurs destinations. Cette femme en tailleur gris, à l'air sévère, n'hésitera sans doute pas à licencier la moitié de son équipe, un mois avant noël, pour pouvoir s'offrir la nouvelle voiture que ses voisins désirent. Cet homme au sourire permanent, sa sacoche de guitare en bandoulière, va peut-être enseigner la musique à des enfants qui n'ont pas les moyens de l'apprendre. Et cet enfant, justement, habillé comme un adulte, son air sérieux et passablement ennuyé signifie peut-être que, s'il avait pu choisir, il n'aurait pas assisté au mariage de sa grande-tante. Il y a le foot à la télé, sûrement. Celle-ci semble fière d'exhiber aux yeux du monde ses vêtements de marque, tandis que celui-ci longe les murs car les siens sont troués. Une adolescente tout de noir vêtue porte des écouteurs gigantesques ornés d'une tête de mort, hochant la tête en rythme. Moi, je danse au son des chaines accrochées à ses vêtements, qui tintent comme les cloches d'une cathédrâle. Il y'en a d'autres, beaucoup d'autres, c'est un peu comme visiter un zoo. 

Le monde entier concentré dans un lieu minuscule, ce n'est rien de moins que cela. Leur barque arrive, et ils grimpent tous dedans en se bousculant, comme si la mort attendait les retardataires. Puis ils s'en vont, et des dizaines d'autres les remplacent déjà. Moi, je ne bouge pas, je ne sais toujours pas où il convient d'aller, alors j'accroche un bout de moi-même à chacun des passants, en espérant qu'ils m'emportent dans leurs vies et me libèrent de la mienne.

vendredi 11 septembre 2009

Atmosphère.

C'est bientôt le soir, et la rue est infiniment longue. Elle monte, puis descend, forme des vagues insolentes et s'arrête sur une inévitable ligne droite. Je m'essouffle, et ses griffes me lassent. Souffrir est un jeu qui n'a de saveur que lorsqu'il est éphémère. C'est la fin de l'été, et l'exil du soleil est prévu pour dans deux mois. En attendant, il règne en monarque absolu sur la ville, dissipant quelques heures les ténèbres froides et grises de la réalité. L'après-midi agonise, et l'astre plonge à toute vitesse vers la boue, ne laissant plus qu'une lumière diffuse et dédaigneuse éclairer nos chemins, avec l'aide mécanique d'une forêt de réverbères. Ils sont plantés là, comme de gigantesques troncs qu'aucune fourmi n'aurait l'outrecuidance d'approcher. Ils ont l'apparence de la vie, avec cette lumière dans leurs yeux de métal, mais leur cœur est froid comme le nôtre. La rue autour de moi ressemble à une plage, et dans mon âme frappent d'odieux souvenirs teintés de crépuscule, qui me dégoûtent et me brûlent les yeux. Je vais bras nus, une délicieuse brise vient frôler ma peau, et m'oblige à garder négligemment deux doigts sur mon chapeau pour ne pas qu'il s'envole. Une fontaine s'élève, sur le côté, entre les bâtiments de pierre orangés. Je m'assieds. Le réverbère le plus proche de moi me dévisage, et je lui demande avec un sourire s'il a bien pensé à prendre les bouteilles. Il répond que non mais que, bon sang, il a du sable dans la bouche. Lorsque je m'éteindrai, nous irons prendre un bain de minuit avec tous les autres, me souffle-t-il. J'éclate de rire, et m'allonge sur une serviette en trempant mes pieds dans la fontaine, qui s'étend à perte de vue à l'horizon. L'eau est un peu froide, et me fait frissonner, au début. Il se fait tard. En face de moi, une jeune fille à la silhouette parfaite avance, un parapluie blanc couvrant ses cheveux pourpres. Ils ne le sont pas vraiment, je suppose, c'est sans doute un effet d'optique provoqué par l'éclat du réverbère. Il m'assure que non, qu'il n'a rien fait, et me laisse à ma contemplation pensive. Elle est belle, vraiment belle, et me rappelle douloureusement quelqu'un. Je la serre contre moi, comme un damné, mais il n'y a rien entre nous. C'est très bien comme ça. Encore de la magie, encore un peu avant l'exil.

C'est une belle soirée pour souffler la bougie. Disons que si j'avais pu choisir le moment de refermer le livre, c'est sans doute un instant de ce type que j'aurais voulu. Tout est si parfait, la fille est partie mais l'atmosphère est encore là, m'étouffant doucement entre ses bras tièdes. J'ai des images qui me viennent en tête, elle sont en noir et blanc sans que je sache pourquoi. C'est sans doute la mélancolie de l'instant qui l'exige. Je pense à toi, j'aimerais tellement me blottir contre ton corps, le visage enfoui au creux de ton cou, mais tu es trop loin. Il y a ces cafés, ces jardins, tous ces lieux que nous avons fait nôtres en y gravant nos âmes, en y peignant nos fantômes qui jamais ne les quitteront. Je t'aime. Il y a elle, aussi, j'en ai déjà parlé maintes et maintes fois et je le ferai encore. Une autre fois, cependant. Il se fait tard, plus tard qu'il ne l'a jamais été, la nuit qui tombe dehors n'est qu'une coïncidence, même le soleil le plus éclatant n'aurait pu altérer cette sensation de crépuscule dans l'âme. Il est tard, et je vous souhaite une bonne nuit.

lundi 7 septembre 2009

Le dramaturge.


"泣いて, 壊れて, 笑って..."

Une machine de chair, de sang,
Une cervelle aux piles inépuisables,
De l’âme vierge, encore à sculpter.
C’est ainsi que je suis né.

Lorsque tu griffes mon épiderme de ton regard, il est évident que tu attends quelque chose. Une réaction, un vague sursaut de mes paupières, une déformation hideuse de mes lèvres. Explique-moi, s’il te plait. On m’a dit de rire, je me suis exécuté jusqu’à m’en briser les côtes, et je les ai regardées flotter au loin, sans jamais cesser de m’esclaffer. On ne m’a pas dit d’arrêter, je ne sais pas, je n’en sais rien, le spectacle d’un cadavre naviguant comme un navire est peut-être drôle, c’est quelque chose que l’on ne m’a jamais appris.

Lorsque tu m’as dit que tu ne m’aimais plus, que tu ne m’aimais pas, que tu l’aimais elle, on m’a réconforté. Tout le monde me disait qu’il ne fallait pas que je sois malheureux, que j’allais surmonter l’épreuve et que j’en sortirais plus fort, ce genre de conneries. J’en ai déduit qu’il fallait que je sois triste, c’était l’attitude normale à adopter. Alors j’ai pleuré, parce que l’on m’a dit de le faire, jusqu’à ce qu’un amas grisâtre s’échappe de mes yeux comme un geyser, et que je glisse dessus en m’effondrant sous le regard du monde. Ils ont ri, alors j’ai fait comme eux. Je ne sais pas, on ne m’a jamais expliqué. Que je rie ou que je pleure, c’est la même chose au fond, ce n’est rien d’autre qu’une bulle de savon prenant la forme désirée.

On m’a montré du bout du doigt un enfant décharné qui mourait de faim, des prisonniers politiques qu’on trainait à la tombe, des animaux qu’on dépeçait vivants, la couche de fumée sur les usines, etc. C’est mal, c’est mal, c’est mal. D’accord. Puis, on m’a montré un gosse obèse dans la Ferrari de son père, des hommes politiques véreux que personne ne faisait taire, des insectes transportant des maladies, etc. Il parait que ça aussi, c’est mal. Je ne comprends plus les paradoxes, je ne comprends plus rien à ce que l’on m’explique. De toute façon, au fond, rien ne change. C’est toujours aussi blanc et lisse.

Tout à l’heure, j’ai vu quelqu’un que je ne connaissais pas. Elle avait des cheveux longs, bouclés, un visage fin, des yeux en amande qui faisaient mal aux miens, parce qu’il y avait trop de vie dedans. Personne ne m’a dit qu’elle était belle, on ne me l’a pas appris, mais je le savais pourtant. C’était étrange, nouveau, choquant presque. Ses lèvres qui se déformaient d’une si jolie manière, ses paupières qui tombaient à intervalle régulier, et chacune de ses inspiration, si différente de la précédente. Il m’en fallait encore, rien qu’une petite dose, rien qu’une injection. Elle était belle, vraiment, j’en étais presque sûr. Son parfum s’est enfoncé comme une clé dans une serrure rouillée, puis elle a disparu, laissant foule de sensation se déverser sans barrage sur mon corps, mon esprit.

Au fond, c’est gris, c’est le chaos.
On a remit des piles dans l’horloge,
On a frappé trois coups sur le plancher.

Je vais pleurer, je vais m’effondrer, je vais rire.

Rideau.

jeudi 3 septembre 2009

Le dernier train.



J'ai voyagé d'un bout à l'autre du monde, serrant au creux de mes mains les étoiles du nord, immortelles et grandes, creusant de mes doigts avides le sable des déserts, mornes et droits comme un triste médicament. J'ai vu les miroirs, les statues de glaise et de cristal, automates fluides d'acier et de chair, mais je n'ai pas cédé. Au cœur de la Grande Ville, celle des aveugles, des sourds, et de ceux qui parlent sans cesse comme s'ils craignaient que le silence arrête le temps, j'ai trouvé la nuit. L'épaisse et sombre nuit, giclant au visage par flocons et brûlant l'épiderme de sa sourde pâleur. Dans les caves, les sous-terrains, les bulles de savon où mon âme aimait se réfugier, j'ai trouvé la solitude. Celle, convulsive, qui apaise l'esprit avant de le froisser et de le dévorer sans remords. J'ai fui, couru, rampé, étouffé, lorsqu'une réminiscence du passé est venue briser mes chaînes. Une image, avec l'intensité du réel et la résonance du rêve.


C'était ton visage.

Au guichet de la gare, la gare finale où se croisent les voyageurs exténués, faibles d'avoir trop vécu, j'ai supplié d'une voix tremblante: «Un voyage, un seul voyage, je vous en conjure! Après cela, je ne vous embêterai plus... je m'effacerai de ce monde, et toute trace de mon existence volera au vent comme poussière de rose, je ne vous demande que cette ultime faveur.» J'ai ouvert ma boîte crânienne pour extirper ton souvenir, l'unique image de toi qui me restait, et me hantait chaque minute de ma sinistre vie. Je l'ai brandis fébrilement devant le visage émacié du contrôleur, qui m'a répondu par un simple soupir de lassitude. D'une voix destructurée, pâle, pareille au crépitement d'une flamme à l'agonie, j'ai cependant poursuivis ma supplication: «Je dois la voir, il le faut, vous comprenez? J’étais trop loin d'elle, j’étais trop mort, je n'étais qu'un misérable reflet sur l’eau limpide de ses pupilles, et maintenant je ne suis plus qu'un cadavre flottant au gré du brouillard. J'en ai besoin, incoryablement besoin, car sans elle je ne peux plus rêver.» Il m'a regardé d'un air contrit, avant de me céder le ticket, et de me faire part d’une ultime recommandation, d'une voix traînante et sale:

« Monsieur, prenez bien garde,
Car ce train sera le dernier,
Car ce voyage sera sans retour. »

mardi 1 septembre 2009

L'orchestre de la pluie.

[Avec Rémi]

Le tambour creusé, la peau tendue, mon ventre accueille le coup d’une armée de cendres liquides. Lorsque la mitraille glacée des cieux transperce nos âmes et nos peaux, lorsque ses coups violents et sensuels résonnent sur le verre comme sur la pierre, l'homme se cache. La rouille ne dormira jamais, tu auras beau suinter le long des fils tendus, tel sera notre adage, l’unique vérité imputrescible. Je suis dehors, abrité par un frêle parapluie de toile rouge, bouclier dérisoire face aux litanies du ciel. Un enfant est accroupi sous un toit ne méritant même plus son nom, des stalagmites poussent depuis son crâne pour venir assaillir le ciel.

J'attendrai des siècles durant, ici, là-bas, ailleurs, partout en vérité; avec le mince espoir que nos chemins se croiseront, et de partager avec toi ce misérable abri de tissu. Le linge en seconde peau laisse entrevoir ta forme, aussi intangible que celle des nuages noirs que tu chasses, ici, là bas, ailleurs. Sourd, je deviens sourd, la ville entière est morte sous les griffes de la sinistre symphonie, mais je reste debout à affronter le noir, comme le ferait un véritable chef d'orchestre.

Et tandis que le ciel implose, ce n’est même plus une fanfare ; c’est maintenant tout un ensemble qui gronde, un cortège de titans veillant au grain et diffusant leur symphonie torrentielle. J'ai couru vers toi, mes semelles faisant marée haute, mais je n'ai trouvé que ton ombre, m'accueillant sèchement au creux d'un soleil anorexique, douloureusement silencieux.

lundi 31 août 2009

La monnaie vivante.

[Nouvelle collaboration avec Rémi.]


Surpassant de loin les plus abjectes créatures de légende que l'homme se plaît à inventer, un monstre d'entre tous terrible fait chaque jour des milliers de nouveaux cadavres. Inlassablement, je paye de mon sang le lourd tribut de l’histoire, de la contre-histoire, du pressoir à songe pour obtenir un thé à oublier le présent. Corrompant le sage jusqu'au plus profond de sa moelle, dévorant l'âme de l'innocent comme un vautour de la chair bouillante, le monstre sème la mort et crache sur nous. Mes rêves se font presser dans les couloirs à sons pour renflouer de mon portrait la poche trouée de l’Apocalypse, mon profil de sphinx comme seul regret.

Sa grotte est immense, plus grande que le monde physique lui-même, elle recouvre l'empire de verre de nos pensées, et nous y pénétrons le sourire aux lèvres. Les bancs de femmes se dispersent dans les eaux du monde, leurs yeux sont prit comme gemmes au commerce de beau. Regarde comme je suis fier, vois comme je suis grand,le sexe tendu comme le mât d'un navire en partance pour les enfers, laisse-moi venir en toi et mêler allègrement luxure et avarice.

Le rendu de ma mémoire semble n’être que piécettes qui, comme des résidus de plombs, coulent à pic dans les profondeurs du ventre maternel. Rampante, grisante, violente, lancinante, la créature rôde, sous son voile de sang et d'ébène. Je voudrais être riche de haillons, de chanson comme de cloques, de rien comme arme infaillible face au trafic des grands singes.

Le poisson noyé.

[Un texte écrit à deux mains, en collaboration avec Rémi. Écrit à la manière d'un cadavre exquis, en se basant sur le titre d'une chanson de Mucc.]


Cœlacanthe de cobalt, tes yeux vitreux furent emplis de compassion à mon égard quand tu me vis paraitre, si maigre face à toi. J'ai vécu durant des années la tête plongée sous l'eau, avec la funeste impression d'y être chez moi, dans un monde logique et droit, où nageaient des créatures qui me ressemblaient en tout point. Les flots ruisselant de ma bouche comme un écœurement de l’âme, je me mis à flotter sur l’onde sale et fangeuse du Gange tandis que tu photographiais ma carcasse livré aux aléas des trous d’eau. Un jour, j'ai constaté qu'au delà de ce que nous appelons le ciel, en vérité la frontière supèrieure de l'océan, se trouvait une étendue tout aussi vaste, pleine de mystères à dépecer, de créatures étranges et difformes. Et tandis que mes branchies battaient la chamade dans cet air poison, ma seule pensée fût de regagner la mer.

Je suis parti, j'ai erré d'un bout à l'autre de l'inconnu, mes yeux globuleux et vides se remplissant soudain d'une foule d'émotions dont je ne soupçonnais pas même l'existence. Qui des pêcheurs ou de moi virent en premier venir l’étrange mutation de cette peau qui en écaille s’envolait au rythme des saisons? Mais j'étais attaché à l'océan, mon enveloppe charnel comme une prison. L’odeur des algues, le parfum des algues, la chaleur des algues, tout pour m’engloutir vers cette forêt flottante, cette empire d’algues, mon seul royaume. Lorsque l'évidence me frappa, comme l'inexorable mise à mort d'un condamné, je décidai de plonger tout au fond de mon habitat d'origine, et de fermer les yeux pour vivre en esprit dans cet autre monde, le monde du dessus, qui me fascinait et me refusait.

La beauté de cette fille aux yeux protubérants, la bouche large comme celle des poissons, sa dégénérescence par delà le sexe fût l’hameçon de mes phantasmes. Il était trop tard, je me rendit vite compte que mes branchies étaient comme... obstruées. J'étouffais, j'étouffais dans ce monde où je ne pouvais décemment plus vivre. Je n'étais plus rien. Un poisson noyé.

samedi 29 août 2009

La forêt & le tabac.

 Le mois d'août étouffait sourdement notre corps, et cette langueur lancinante et grasse qui nous accable parfois nous traînait vers le sommeil. Je marchais dans les rues de Paris, elle à mes côtés riait de tout et de rien, fragile bonheur qui se construit toujours lorsque nous sommes tous les deux. Comme un parfum d'éternité. Une brise fine et salvatrice envolait ses cheveux bouclés et découvrait le dessin de son visage; ses yeux mordants, ses lèvres qui coulaient dans mes veines, fragiles et douces comme un voile. Je pris machinalement une cigarette, et lui en proposait une qu'elle accepta sans hésiter. Une marlboro menthol. Lorsque je voulu l'allumer, je constatai avec désarroi que j'avais oublié mon briquet dans ma chambre. D'un rapide coup d'oeil, je fis l'inventaire des fumeurs autour de moi et n'en trouvai qu'un. Un vieillard affalé sur un banc, maigre et courbé, tirait de temps à autre une bouffée qui le faisait tousser. De chaque côté de l'homme se trouvait un arbre, à l'image de celui qu'ils entouraient. Plantés là, jurant avec le décor, ils semblaient tendre leurs branches pour frôler les cieux. 

 Je m'approchai du vieillard, un sourire d'homme d'affaire peint sur mon visage, déterminé à allumer cette foutue cigarette. Alors que je l'avais presque atteint, le vieil homme écarquilla les yeux et se crispa. 
"- Comment oses-tu pénétrer dans ma forêt sans mon autorisation?! me cria-t-il avec plus de postillons que nécéssaire. 
- Votre forêt? lui répondis-je. Il n'y a là que deux arbres rachitiques, monsieur, et les nommer ainsi me semble bien arrogant!
- Jeune homme, j'ai suffisamment vécu pour appeler forêt ce qu'il me convient d'appeler ainsi. Mais je vous pardonne, vos yeux sont grands ouverts, je consens donc à vous laisser entrer. La princesse aussi peut venir, mais qu'elle donne ses chaussures aux domestiques." dit-il en désignant une poignée de pigeons en pleine lutte fratricide pour une miette de pain.

 La situation était trop étrange pour que nous puissions nous y soustraire. Elle enleva donc ses belles chaussures et alla les déposer auprès des volatiles, qui lui répondirent par une indifférence à la limite du mépris. Sa main dans la mienne, nous nous assîment sur le banc qui poussa un grincement d'agonie. Le vieil homme adopta une mine contrite en reprenant la parole d'une voix emphatique:
"- Qu'êtes-vous donc venu me soutirer? De l'argent? Des titres de noblesse? Du vin peut-être?
- Rien de tout celà, votre altesse, nous aimerions juste vous emprûnter du feu pour notre tabac.
- C'est quelque chose de difficile que vous me demandez là, jeune impétueux, allumer un feu par magie requiert beaucoup d'énergie. Aussi, je ne pourrais accéder à votre demande que si vous vous en montrez digne. Je vais vous poser une unique question, et si vous répondez juste, vous connaîtrez le secret de ma forêt, et pourrez accéder au moindre de mes trésors.
- Je vous écoute, seigneur."

Le vieillard prit son souffle, sembla hésiter un instant, puis murmura:
"- De quelle couleur est le soleil lorsque vous le contemplez les yeux fermés?"

Abasourdi, je lançai un regard désespéré à mon amie, me résignant petit à petit à l'idée de ne pas fumer. À ma grande surprise, elle prit alors la parole d'une voix assurée, fixant l'étrange vieux droit dans ses prunelles.

"Il est rose et brun, de forme ovale et aux coins affirmés, il semble pleurer la marâtre Nature qui lui interdit de rencontrer sa douce lune. Ses rayons me réveillent parfois le matin, en me chantant des comptines sur leurs flûtes de pan si pleines de dorures qu'elles m'éblouissent. Ses paupières sont lourdement fardées, comme celles d'une actrice de cinéma, et des robes incrustées de sucre l'empêchent d'avoir trop froid. Lorsqu'on y regarde bien, on peut apercevoir les mille montagnes qui recouvrent sa surface, et qu'il se plaît a peindre chaque jour pour égayer le coeur de ses habitants. Mais parfois, lorsque je me sens triste et seule, le soleil est noir, et la simple vue de ses crocs ensanglantés me glace d'effroi. Il couvre une infinité de formes et de parures, il chante et se lamente parfois, il est cruel et vil, sauf lorsqu'il me prend dans ses bras. L'infini ne suffit pas à décrire ce soleil, alors je m'arrêterais là pour le moment, seigneur."

Le vieillard sorti un briquet noir de sa poche, et alluma lui-même nos cigarettes.

jeudi 27 août 2009

Névroses, requiem.


Le chant de l'infâme empereur,
Sur des pensées incontrôlables,
C'est le règne de la peur,
Sur notre esprit que tout accable.

La gorge qui apparait nue,
Et qu'aucun voile ne recouvre,
Dictant ses lois et sa vertu,
À l'esprit délabré qui souffre.

Et tu n'as plus aucun contrôle,
Sur l'empire de la pensée,
Ton esprit vide se dérobe,
Face aux prières insensées.

La machine est tombée en panne,
Tu n'es plus maître de rien,
Tes peurs tranquilles se pavânent,
Sur l'esprit qui n'est plus le tien.

mercredi 26 août 2009

Névrotique.


Nous sommes ton ombre et ses filles,
Sculptant de notre âme ton corps,
Et lorsqu'au dos de tes pupilles,
Surgissent les affreux remords,
La flamme qui soudain vacille,
Griffant de ses longs doigts la mort,
S'éteint pour que rien ne brille,
Et la névrose te dévore.

Nous sommes l'orage et ses fils,
Se riant du mauvais décor,
La pauvre toile que tu tisses,
Et que nous briserons encore,
Au son de ces feux d'artifices,
Ceux que tu prends pour des trésors,
Et qui chaque nuit frémissent,
En te jetant leurs pâles sorts.

Tu es notre petit bouffon,
Et tes plaisantes facéties,
Pour quelques temps nous distrairons.
Mais quand les griffes de l'ennui,
De nouveau se déchaînerons,
Que nous aurons sucé ta vie,

Sans hésiter, nous te tuerons.

mardi 25 août 2009

Lettre à personne- 1

L’ami,

Il doit y avoir une finalité, un but, une raison, une clé, il ne peut en être autrement .

On doit se lever, compartimenter notre esprit avec des mots. On doit engendrer, jeter en enfer plutôt. On doit travailler, non pas pour se payer une vie, car elle est toujours là, la vie, on travaille pour s’offrir la mort. On marche, on serre des mains, on rit etc. Mécanismes pré-enregistrés, mimétisme, regarde mon âme sur mon visage. Non, non, ce n’est pas ce que je voulais dire, d’ailleurs je ne veux rien dire, juste parler, un peu, cracher de l’absurde pour coller au reste. Je réfléchis, je remonte le plus loin possible à la source, et je me vois, seulement moi, et lorsque je regarde vers le futur je ne vois que moi, uniquement. Qu’est-ce qu’on fout là? Il doit y avoir une finalité, un but, une raison, une clé, il ne peut en être autrement . C’est confus, ce sont des tâtonnements dans le brouillard.

Voyons, je sais que tu es d’accord avec moi. N’est-ce pas absurde? La mort est ridicule, puisqu’elle est précédée d’une vie. Avant la vie, il n’y a rien, ça c’est logique, je peux le comprendre. Le néant n’a pas de sens, mais il n’en est pas non plus dépourvu. Après la mort, il n’y a plus rien, même chose. Mais entre les deux, pendant le minuscule laps de temps qui sépare l’infini de l’infini, il y a quelque chose. Ridicule, n’est ce pas? Il y a des gesticulations, des combats, des pleurs, des joies, je t’aime, je t’aime, etc. Puis plus rien, tout s’efface. Alors à quoi cela a-t-il servi? Je ne sais pas. Et c’est douloureux de vivre sans savoir pourquoi.

La vie est éphémère, et tout au sein même de la vie l’est. Hier, j’étais avec des amis dans Paris, à errer de parc en quartiers, de bars en cafés, etc. À rythmer de nos rires les klaxons des voitures qui allaient on ne sait où –quoi qu’il en soit, elles se rapprochaient de la mort -. J’étais bien, bien, comme à chaque fois, et après ce furent la solitude et le vide. Je pouvais compter mes pensées. C’est comme une drogue. C’est ça, c’est ça, le malheur est éternel, entrecoupé de moments de bonheur que l’on arrache au néant avec l’avidité du drogué, on défie l’éternel en grattant l’éphémère de nos ongles hystériques. Mais c’est vain, si vain que j’en souffre à chaque instant, pourquoi se battre alors que la finalité est toujours la même. Après la vie, il y a la mort, le néant physique. Après la joie, il y a le désespoir, le néant de l’âme.

Celui qui ne pense pas comme moi est fait de métal.

Mes meilleurs sentiments,

Paul.

vendredi 21 août 2009

Cerveau.

C'est un étrange labyrinthe,
Où s'entrechoquent des pensées,
Grattant les murs pour s'échapper,
Au son de leurs atroces plaintes.

C'est le chaos qui règne en maître,
Sous le nuage anorexique,
Et le berger dément qu'excitent,
Ses serviteurs qu'il envoie paître.

Dans les recoins de ce désert,
Un homme se bat en duel
Contre lui-même, priant pour celle
Qui crache aux yeux des solitaires.

C'est un royaume distendu,
Où prêchent les désespérés.
Tristes cendres d'une contrée,
Où siège mon cerveau nu.

jeudi 20 août 2009

Cerisiers brûlants.

Des bris de verre, débris de vie,
Statue de tes yeux, de ton sourire
Prédisant l'éden, offrant la mort.
Sur la croix païenne de ton corps.

Ils nous parlent encore.

En ton nom j'ai bâti des arcades,
Pour protéger ton regard du monde,
Érigé de folles barricades,
fermé les yeux de celui qui gronde,

Et profané ma tombe.

Mais me voici, recouvert de cendres,
À tenter de cueillir les pétales,
Et vomir les serpents que j'avale,
J'attends que tu viennes me prendre.

Avant qu'elle ne rentre.

mardi 4 août 2009

Embrasse l'aiguille.

Il y a des lambeaux d'ardoise au sol,
Errants comme des êtres qu'affole le jour,
Lorsque le soupir d'une âme frivole,
Vient noircir d'encre les tristes pourtours,
Du miroir brisé que la chair désole,
Las de voir passer les hideux vautours,
Tout fiers qu'ils sont de leurs cervelles molles,
Exhibant le soir leurs piètres atours,

Quelqu'un a décrété, un jour sinistre,
Que les ombres chanteraient la misère,
Crachant par terre à l'abri de leurs vitres,
Sur les âmes insouciantes qui errent,
Ceux de leurs vies qui se croient les arbitres,
Et qui sans le savoir me désespèrent,
Et m'amusent, farceurs comme des pitres,
À se vautrer dans la fange et la terre.

Absurdes et pâles, vides de tout sens,
Paroles jetées comme des grenades,
Lorsqu'en esprit les tourments font la danse,
Vêtus de couleurs, comme à la parade,
Riant sans cesse de la toile immense,
Qu'ils peignent, tremblants, et qu'ensuite ils bradent,
Affolés et grisés par la démence,
Immolés et brisés, leurs rêves s'évadent.

Romance paradoxale.

Mêlé à l'amère odeur du sang, son parfum,
Hante encore ma chambre et mes nuits solitaires,
Ses yeux d'ébène que j'ai tenu dans ma main,
Ne lui sont plus utiles six pieds sous terre.

Je me souviens encore.

Ma langue qui rapait sa pâle peau d'ivoire,
Et ses griffes acérées qui torturaient mes chair,
Et puis sa cyprine que j'appréciais boire,
Un doux cordial au délicat goût d'éther.

Et cette nuit, elle me mordit jusqu'au sang,
Ce souvenir me donne encore des frissons,
De ses fines lèvres sortaient des cris déments,
Les belles litanies de dame passion!

"Frappe-moi, détruis-moi, hurlait ma promise,
Car ainsi je me sentirais enfin vivante,
Ta haine sur mon corps, que mon âme se brise!
Lacère-moi, et fait jouir ta sinistre amante"

De cent lames j'ai détruit son corps fragile,
Le sang se mêlait à sa sombre jouissance,
Et c'est ainsi que prit fin notre triste idylle,
Ephémère, passionée,
Macabre et intense.

vendredi 17 juillet 2009

L'enfant.

Mille cicatrices jurant sur sa peau d'albâtre,
Résultat d'une vie de souffrances et d'horions,
Un gosse qui pour survivre a apprit à se battre,
Injures et coups furent sa seule éducation.

Ses yeux sans candeur sont devenus incandescents,
Et son corps fragile ne ressent plus la douleur.
Lorsqu'il pose sur vous son beau regard, insolent,
Il détruit de sa haine votre triste bonheur.

Il peut être guerrier, batard ou orphelin,
Tantôt seul, abandonné, tantôt l'arme à la main,
Il à l'âme d'un vieux, et le corps d'un gamin.

Ses pupilles sont sauvages, comme un chien errant,
Son air si farouche, pour un visage d'enfant!
Que je me tuerais pour le voir rire,
Juste un instant.

jeudi 16 juillet 2009

Nuit Parisienne.

Lorsque la nuit étend son voile d'obsidienne,
Et que je ne dors pas, même accablé de sommeil,
La fenêtre ouverte sur les rues parisiennes,
Je fixe les lumières comme mille soleils.

On entend de temps à autres les cris des voyous,
Coursés par la police tous ont le coeur brûlant,
Et quelques amis qui chantent, complètement saoûls,
Et parfois les murmures de timides amants...

La ville ne dort jamais, brillant de mille feux,
la jeunesse danse et ne pense pas à demain,
Dans quelques années, nous seront devenus vieux,
Et je veux mourir sans regrets, alors prend ma main!

Les bruits, les couleurs, les éphémères passions,
Oniriques et enflammées, que les nuits sont belles!
Et pourtant, mon Dieu, je me pose une question,
Pourquoi plus une étoile n'éclaire notre ciel?

vendredi 3 juillet 2009

À une prostituée.

C'était une nuit d'automne, au coeur de Paris,
Dans une triste rue aux macabres lumières,
Qu'aucun passant n'animait, ni le moindre bruit,
Une flasque à la main, je chantais ma misère.

Errant devant un bar depuis des siècles clos,
Je l'entendis murmurer d'une voix timide,
Qui aurait fait fondre le pire des salauds,
Et tomber l'averse dans les déserts arides!

« Bonsoir monsieur, qu'y a-t-il pour votre plaisir? »
Me demanda la pute, une moue crispée.
Mon air ébahi la fit éclater de rire,
Et mon âme d'alcoolique était envoutée.

Par ses cheveux d'or pur et son regard mutin,
Ses yeux comme du cristal, et son corps si fin!
À peine masqué par ses habits de catin,
À elle plus seyants que la soie et le lin.

« Pour mon plaisir, madame, il y a fort à faire,
J'aimerais vous libérer de votre misère,
Partir avec vous, votre main dans la mienne,
Vous montrer mon royaume et vous en faire reine.

Et aussi vous offrir de somptueux bijous!
Des souliers, des robes et tout ce que vous voudrez.
Que votre corps de déesse, ainsi sublimé,
Rayonne, et tous ne parleront plus que de vous. »

C'est ce que j'aurais aimé vous dire, mon ange,
Hélas, je ne suis qu'un bon a rien sans le sou
Las de se traîner jour après jour dans la fange,
Et qui rêve bien trop souvent lorsqu'il est saoûl!

$ocial Riot

Le roi nous a parlé, comme a des abrutis,
Il veut notre fric, pour notre bien paraît-il,
C'est la crise, on doit relancer l'économie,
Mec, le peuple de France n'est pas si débile.

Le pape nous a parlé, depuis le moyen-âge,
Il nous a ressorti ses dogmes de fossile,
Qu'on ne baiserait plus, qu'on devrait rester sages,
Mec, tuer l'amour ne sera pas si facile.

Et ces médias qui nous mènent à l'abattoir,
Ces banquiers qui nous propulsent sur le trottoir,
Ces hommes politiques assoiffés de pouvoir.
La jeunesse, les mecs, ne se fera plus avoir.

On a bouffé nos utopies, volé nos rêves,
On a brûlé nos racines, pompé notre sève.
Mes amis, mes frères, il est temps de se lever,
Pour ne jamais plus vivre pieds et poings liés.

lundi 29 juin 2009

En direct.

Aujourd'hui, en Iran, un attentat non-revendiqué dans une école primaire a causé l'interruption quelques instants pour une page de publicités de douze enfants, ainsi que celle de leur professeur, qui à jusqu'au bout tenté de les protéger. Sans transition, au Brésil, le pape a ordonné l'ex-communion d'un grand jeu concours, où vous aurez peut-être la chance de gagner un voyage en Guadeloupe ainsi qu'une jeune fille qui s'est faite violer. Le président parle de relance économique, à l'heure où 12% de la demi-finale de la coupe du monde football est au chômage. Et pour terminer, le violeur et meurtrier de la petite Sophie s'est enfin fait arrêter, en Corse, où il mangeait un yaourt à 0% pour améliorer son transit intestinal. Restez avec nous ce soir car nous diffusons à 20h45, un reportage fascinant sur les philosophes des lumières, suivi à 21h10 de la troisième saison de Star Factory. Mais tout de suite, la météo.

J'éteins. J'étouffe. comme si leurs putains d'usines s'étaient déversées dans mon âme. Comme s'ils avaient mit mon cœur en vente sur Ebay. Je suis un paquebot, et tout mon pétrole s'est déversé sur le carrelage, à moins que ce ne soit du sang. Je ne sais plus. On m'a vendu du rêve, il y a longtemps, mais j'ai oublié le ticket de caisse, alors je me retrouve avec une réalité trop petite pour moi. Je me précipite, fébrile, dans ma salle de bain où il me semble avoir un médicament contre la dépression, celui dont la pub est affichée à chaque arrêt de bus. Non, merde, je l'ai terminé hier. J'allume une cigarette.

J'étouffe, au milieu de ces murs d'un blanc immaculé, de ce mobilier grisâtre et de ces magazines people multicolores. Y'a des lambeaux d'utopie, par-ci par-là, qui datent de l'époque où j'y croyais encore. Mais je suis mort, maintenant, parce que ça vaut mieux que d'être fou. Je serre les poings et brise les fenêtres, toutes. La mélodie qu'elles produisent en explosant ravit mes oreilles. Dehors, j'entends les machines parler de leurs voix d'automates. Ils disent tous la même chose, ça fait des années qu'ils vomissent les mêmes paroles. D'ailleurs, la veille de leur mort, ils les diront encore. Hey, j'ai acheté un sonotone sony ericsson et un fauteuil roulant mercedes.

J'étouffe, chez moi, alors je sors dans la rue.
J'étouffe, dans la rue, alors je vais en forêt.
J'étouffe, en forêt, alors je sors ma carte bleue.

Aujourd'hui, en forêt, un jeune homme s'est tranché les veines avec sa carte bleue, pour que les vidéos de sa mort soit rediffusées ce soir, tapez « 1 ». Pour voir un enregistrement de sa famille en larmes, tapez « 2 », pour voir son cadavre dévoré par les asticots, tapez « 3 ». Vous aurez peut-être la chance de gagner un séjour d'une semaine au coeur de la forêt amazonienne! Bonne chance, et à bientôt.

mercredi 24 juin 2009

Le Banc.

C'était une journée d'automne encore douce,
Tous deux sur un banc, nous contemplions le ciel,
Vêtu pour la saison de sa chemise rousse,
Un tableau merveilleux, aux couleurs irréelles.

Pâle comme les neiges, et aux cheveux d'or pur,
Bercée par un parfum de fraise et de vanille,
Tes yeux désarmants étaient froids comme l'azur,
Je te fixais, envoûté, sans que tu ne cilles.

Tout paraît si lointain, les images s'effacent,
Tu t'es enfuie au loin, et sans laisser de trace,
La mort a ton regard... et ton parfum tenace.

Je lance cette bouteille dans l'océan,
Et si elle te parvient, emportée par les vents,
Sache que je t'attendrais, toujours sur ce banc.

Le Sauveur.

Mon amour je t'offre une haine éternelle,
Je te souhaite de souffrir, encore et encore,
Que tes macabres tourments se muent en réel,
Que ton âme s'effondre et que tu m'implores.

Mon Ange, je te traînerais où tout est noir,
Au théatre de tes mille et une terreurs,
Egarée, seule, accablée par le désespoir,
C'est mon nom que tu crieras durant des heures.

Et lorsque ton coeur, les ténèbres étoufferont,
Toute entière perdue dans le puit du démon,
Il n'y aura plus que moi pour te secourir.

Je prendrais ta main pour te sortir de l'éther,
Car je suis le seul à entendre tes prières,
Tu m'aimeras enfin, à jamais, mon Ange.

À Celui qui s'est Révolté.

(6x6x6)

Toi qui sommeilles en moi,
Le seul en qui j'ai foi,
Qui guide mes pensées
Et qui dictes mes actes,
En vertu de ce pacte,
Qui nous maintient liés.

Mes faibles sentiments,
Tu les as écrasés,
À mon cœur as donné
La dureté du diamant,
La force de céder,
À mes sombres penchants!

De l'amour je n'ai plus,
Rien à foutre à présent,
Un instant j'y ai cru,
Jusqu'à être dément
Mais vois, dans mes veines...
N'est plus que la haine.

J'ai perdu foi en Dieu,
Ainsi qu'en les hommes,
Ceux qui survivent comme,
S'ils avaient clos leurs yeux,
Accrochés à leurs dogmes,
Comme a sa canne un vieux!

Tu m'as apprit comment,
Les drogues et le vin,
Emmènent tendrement,
Vers un monde sans fin,
Là où je n'ai n'ai plus peur,
Loin de cette laideur.

Merci à toi qui m'as,
Déchiré les chaînes,
Montré le vrai Eden,
Merci à toi qui m'as,
Fait connaître les joies,
D'être sans foi ni loi!

mardi 23 juin 2009

L'hypocrite

Une femme portée par de coûteux parfums,
Ses cheveux sont blonds et sa stature parfaite,
Sous ses pas le bitume se mue en satin,
Maquillée, et fière de sa beauté surfaite,

Un homme que plus personne ne nomme ainsi,
Crasseux et puant, il n'espère plus rien,
Sans même le courage d'abréger sa vie,
Il les déteste tous, leur monde n'est pas le sien,

Elle passe devant, comme s'il n'était pas
Son nez se froisse et elle accélère le pas,
"Et bien quoi ? Après tout je n'y peux rien."

Lorsqu'il s'achève enfin, ultime pulsion,
Elle s'écrie "Quelle triste situation!"
Avant de vérifier que tous l'ont entendue.

lundi 22 juin 2009

Noir & Blanc

[Celui-ci et le suivant, en alexandrins. Pour le fun.]

C'est dans un monde de cendres qu'elle évolue,
Des nuages grisâtres vomissant leurs âmes,
Sur les passants aveugles grouillant dans les rues,
D'une ville en noir et blanc, un tableau infâme.

Elle est là depuis l'éternité, elle danse,
Pâle et tout de noir vêtue, fidèle au décor,
Ses yeux clos ne voient pas la pluie, elle est en transe,
Voluptueuse, exaltée, encore et encore.

Tous, ils s'abritent en crachant leur haine et leur peur,
Mais elle resplendit, dansant durant des heures,
Une déesse dans un monde sur mesure.

Et lorsqu'enfin le soleil vient percer les cieux,
Ils évacuent leurs terriers, leurs rictus joyeux,
Elle, sort un parapluie et s'en va lentement.

Vivez.

Après cent ans passés, je vais enfin mourir.
Allongé dans mon lit, un rictus satisfait,
Je prends le temps de contempler mes souvenirs,
Ressasser avec fierté tout ce que j'ai fait.

Durant des années, j'ai couru après l'argent,
Des milliards qui bientôt seront à mes enfants,
J'ai piétiné, trompé, mentit, vaincu enfin,
Pour quelques sous dont je n'ai profité en rien.

Des femmes m'aimèrent à en perdre la raison,
D'elles je ne garde qu'un souvenir lointain,
J'ai oublié pour la plupart jusqu'à leur nom.

J'ai perdu des amis pour des futilités,
Du monde si vaste je n'ai connu que moi,
Je ne veux plus mourir. Pas sans avoir été.


jeudi 21 mai 2009

Inéquation.

[Tentative de changement de registre. À chier, je persiste.]

Il y a quelques jours de cela, au cours de l'une de mes errances quotidienne, un bien triste spectacle s'offrit à moi. Je me trouvais tranquillement assit dans un parc, tandis que le soleil couchant teignait tout l'horizon de sang et de lumière, et profitais de l'air pur qu'offre la lointaine banlieue parisienne, à des lieues des miasmes grisâtres de la ville-lumière. C'était l'un de ces moments de paix que l'on ne connaît que rarement l'an, lorsque la machine cérébrale ralentit son activité frénétique, et qu'un simple coucher de soleil étend son voile paisible sur les regrets et les angoisses.

Lorsque, soudain, un cri terrible et des pleurs violents troublèrent ma sérénité. Non loin de moi, au beau milieu d'un escalier menant à l'un des innombrables jardins du parc, un enfant gisait allongé, ses yeux déversant quantité de larmes, sans doute plus dues à la surprise qu'à la douleur. Il avait glissé, et s'était éraflé le genou dans sa chute. Encore innocent des douleurs bien plus terribles que réserve la vie, le gamin semblait au bord du désespoir. Immédiatement, une petite fille au visage rond et aux grands yeux noirs qui devait être son amie se précipita vers lui en tendant une main secourable à son camarade blessé. Celui-lui l'attrapa, et se releva en gémissant sous les encouragements et les consolations de la petite fille.

Comme toutes les douleurs d'enfant, celle-ci passa bien vite, et quelques minutes plus tard les deux petites créatures jouaient à se courir après autour des arbres, se lançant des feuilles mortes et riant à gorge déployée. Le second drame de la journée survint quelques temps plus tard alors que, terreur suprême! Une guêpe d'une taille fort respectable entreprit de tourner autour de la petite fille, qui tremblait comme une branche trop frêle sous la brise. Lorsque le monstre se posa dans son cou pâle, la pauvre enfant cria et éclata en de bruyants sanglots. Le petit garçon qui regardait la scène sans bouger partit d'un rire peu charitable.

Cette anecdote me semble assez bien résumer toute l'histoire des relations sociales. Un rapport de force constant, ou le désespoir de l'autre est une marque de supériorité pour soi. La pitié est une faiblesse que l'on ne peut s'accorder qu'en étant sûr de blesser ensuite. Tranche la main qui t'as secourue et rit, mon enfant, lorsque les autres chuteront devant toi.

lundi 30 mars 2009

Bascule.


L'astre brille peut-être, loin vers l'inaccessible, mais il ne peut pas le voir. Les yeux lancés vers l'horizon ne rencontrent que la fumée malsaine d'une cité en ruine, sa beauté déchue s'étalant au sol comme lacérée par les griffes d'un dieu capricieux. Les bâtiments de verre et de marbre qui autrefois s'érigeaient fièrement vers les cieux ne sont plus que de vulgaires débris, parsemant le sol comme pour étaler leur grâce perdue. Les arbres sont morts, et les feuilles qui jonchent le sol ont la couleur de la cendre. Pas un son, la lourdeur du silence contraste avec le chaos du paysage. Le petit garçon prostré là, ses mains autour de ses genoux filigranes, s'est habitué à la poussière qui agresse moins sons corps que son âme. Les yeux rouges de ne plus savoir pleurer, sa peau nue vêtue de sa seule solitude, il semble prier au pied d'une fontaine, et de ses sinistres crevasses desquelles ne jaillissent plus la moindre larme. Ses cris résonnent, résonnent dans toute la ville brisée, mais pas un battement d'aile ne lui répond.

Un bruit, enfin ! Des sabots ! Ils brisent le silence et résonnent en l'âme comme les cloches d'une sinistre église... Le carrosse ! Il est là ! À droite du garçon pâle et froid comme les neiges, un magnifique attelage fait son apparition, son arrogante pureté, entrelacée d'or, d'argent et de cristal, illumine les ruines et tranche la fumée. D'entre les rideaux de soie pourpre, on distingue un visage d'une rare noblesse, fragile et délicat comme la tige d'une rose. Ses cheveux blonds, pareils à de multiples rayons de soleil, masquent par intermittence les traits androgynes de son beau visage. Aux côtés de la créature, une épée faite du plus pur émeraude se balance au gré des cahots de la route ravagée. Le cocher murmure un ordre inaudible, et les chevaux s'immobilisent comme des machines.

Le petit garçon, tout d'abord étonné, fixe ensuite le nouveau venu d'un regard qu'éclaire une lueur nouvelle. On lui en avait parlé, se souvient-il, du temps où les gens grouillaient tous autour de lui et le bousculaient aussi négligemment qu'on écrase un cafard, du temps où l'on voyait la lune se refléter sur le fleuve limpide, mais il n'avait jamais imaginé qu'un jour la Raison elle-même se tiendrait devant lui. Malgré son apparence avenante et ses manières raffinées, de cet homme émane quelque chose qui dérange l'enfant...

Un sourire plein de compassion peint sur ses lèvres parfaitement dessinées, la créature tend une main chargée de bagues au petit garçon. « Viens avec moi, dans le carosse, viens je te montrerais le chemin que tu dois emprunter. » dit-il d'une voix évoquant le miel et la soie. Dans un premier temps perplexe, l'enfant se décide finalement à prendre la main de l'homme... À peine l'a-t-il effleurée qu'il croit sentir mille chaînes le clouer au sol, ses membres s'alourdir, et ses pensées s'engourdir, l'image d'un oiseau aux ailes tranchées le traverse et il se met à pleurer, plus de rage que de tristesse.

Tout à coup, la pression s'évanouit, aussi vite qu'elle était apparue. L'homme aux cheveux blonds à lâché sa main, et fixe d'un air apeuré quelque chose derrière l'enfant.
Un homme sort d'une rue étroite d'un pas traînant. Ses vêtements sont déchirés de partout et ses cheveux d'un noir d'ébène ne semble respecter aucun ordre. Il avance voûté, d'une démarche presque simiesque, en tirant de légères bouffées sur la cigarette qu'il tient entre ses lèvres. Malgré l'allure vaguement cadavérique qu'il présente, l'homme est indubitablement beau. De tout son être émane un sentiment d'ivresse et d'oubli, un parfum de vin et de liberté. Plongé dans ses yeux comme du charbon, on croirait voir la cîme des arbres, la mer infinie et la lune sur les plages d'été. Alors que le nouveau venu se dirige vers l'homme aux cheveux d'or, le petit garçon croit sentir un souffle tiède frôler sa joue, et l'image d'une course effrénée sous le soleil de printemps s'impose à lui, en lui.

Les deux hommes se jaugent du regard quelques secondes, on ne peut imaginer individus plus différents... Puis, tout bascule, la créature aux vêtements lacérés bondit comme un chat sur son adversaire et entreprend de le griffer sauvagement au visage. L'autre remue comme un damné et parvient péniblement à se débarasser de son agresseur avant de dégainer sa longue rapière d'émeraude. Le visage de l'homme blond est tendu par la concentration, son corps courbé dans une posture de combat parfaite, il attend. Son adversaire éclate de rire, danse comme un pantin en tournant sur lui-même et s'immobilise enfin, un sourire dément peint sur son visage. L'escrimeur passe à l'attaque, exécutant un coup d'estoc impeccable qu'une personne normal n'aurait jamais pu éviter. Pourtant, son adversaire, faisant résonner de nouveau son rire si particulier, se jette au sol pour éviter l'épée et entreprend de mordre jusqu'au sang les chevilles élégamment vêtue de l'escrimeur. Ce dernier perd l'équilbre et tombe au sol, s'empalant sans un bruit avec sa propre épée. Un dernier souffle, puis plus rien. Le goudron grisâtre se teint petit à petit de pourpre, alors que le vainqueur du duel se dirige vers l'enfant, étrangement serein.

L'homme à la chevelure d'ébène s'agenouille auprès du gamin et pose ses lèvres pâles sur les siennes, sans que le garçon ne cherche à s'y soustraire. Puis, se penchant vers l'oreille de l'enfant, il murmure quelque chose en souriant. Une promesse de liberté absolue, de plaisir, de beauté et d'ivresse, ainsi que le serment d'être toujours à ses côtés lorsque la solitude le prendra entre ses doigts morbides. L'enfant éclate de rire, et s'éloigne en jouant distraîtement avec les gravas qui jonchent le sol.

dimanche 15 mars 2009

Monochrome

[Un truc fait à la va-vite, pas vraiment terminé]

-Tableau I-

C'est l'éclat du soleil couchant que l'on remarque tout d'abord,
L'ouest en face, du haut d'une colline teinte de cuivre et d'or,
L'astre semble vous dévisager, de sa lueur presque sanguine,
Et le monde entier s'illumine.

Le monde, pour elle, c'est rien de plus que sa ville,
Car au delà c'est l'inconnu et la peur,
C'est le tranchant de mille couleurs,
Qui brisent les yeux et aveuglent le coeur,

Les tours grisâtres où s'entasse la solitude,
Ces gens que chaque jour lacère l'incertitude,
Et les maisons de verre à l'arrogante pureté,
Toutes, en cet instant, possèdent un rien d'égalité,
Sous l'éclat vermillion
La ville monochrome.

lundi 2 mars 2009

Tout est bien qui finit.

[Deux ou trois trucs seront modifiés par la suite, mais le principal est là.]

Aphones, pâles et squeletiques. Voilà ce qu'on aurait pu dire des murs de sa chambre s'ils avaient été humains, effrayants de vide et opressants de leur crasse pureté. Muet, cadavérique, c'est ce qu'on peut dire de lui. Cheveux d'obsidienne, prunelles d'ébène, nu dans le deuil d'un sentiment superflu, il contemple ces murs qui le lacèrent, au souvenir de son innocence perdue. Fenêtre close et volets bas, seule la frêle lumière d'une lampe de chevet tranche les ténèbres de sa chambre abjecte. Un crayon dans une main, un crayon dans l'autre, on les dirait greffés à ses bras et, dans une parodie de danse, il lance et relance ses mains ainsi griffues contre la pâleur des murs. Il trace, dessine des formes au hasard, massacre la pureté du béton. Le front en sueur et le rouge aux joues, il s'attaque désormais à son modeste mobilier, rien n'échappe à ses griffes hargneuses et désespérées. Bientôt, tout est sale et gris, et il sourit enfin. C'est chez lui, désormais. Ses yeux vitreux se posent alors sur un tissu écarlate, vierge de toute salissure, qu'il a malencontreusement épargné. Stupeur. L'agrippant de ses mains tremblantes, il sort de chez lui.

L'éclat brûlant du soleil lui semble particulièrement incongru, alors qu'il serre contre son torse l'insolent vêtement. Les hurlements stridents des oiseaux de passage lui vrillent les tympans, mais pas autant que le babillage inutile des passants, qu'il semble avoir déjà mille fois reconnu. Il marche de longues minutes, l'air ambiant lui déchirant l'épiderme, faisant de fréquentes pauses au couvert d'un arbre ou d'un autre abri providentiellement placé. Puis le voilà arrivé. Enfin. Pas une ride ne trouble la surface du fleuve, comme si ce dernier voulait se montrer inoffensif, presque accueillant. Enjambant la rambarde, il hésite un court instant. S'il fait cela, tout sera terminé, il en a bien conscience, il sait aussi que ce n'est pas le moment de faiblir. La surface lisse de l'eau en contrebas semble à cet instant si belle, si réelle... Il inspire, profondément, et lance enfin. Le tissu chute lentement, dansant quelques secondes sous l'effet d'une brise éphémère, puis caresse le fleuve. Quelques ondulations evanescentes troublent la surface, tandis que l'éclat écarlate s'évanouit sous l'eau. C'est terminé. La chaleur diffuse du soleil de printemps lui semble en cette instant la plus douce des caresses.