lundi 29 juin 2009

En direct.

Aujourd'hui, en Iran, un attentat non-revendiqué dans une école primaire a causé l'interruption quelques instants pour une page de publicités de douze enfants, ainsi que celle de leur professeur, qui à jusqu'au bout tenté de les protéger. Sans transition, au Brésil, le pape a ordonné l'ex-communion d'un grand jeu concours, où vous aurez peut-être la chance de gagner un voyage en Guadeloupe ainsi qu'une jeune fille qui s'est faite violer. Le président parle de relance économique, à l'heure où 12% de la demi-finale de la coupe du monde football est au chômage. Et pour terminer, le violeur et meurtrier de la petite Sophie s'est enfin fait arrêter, en Corse, où il mangeait un yaourt à 0% pour améliorer son transit intestinal. Restez avec nous ce soir car nous diffusons à 20h45, un reportage fascinant sur les philosophes des lumières, suivi à 21h10 de la troisième saison de Star Factory. Mais tout de suite, la météo.

J'éteins. J'étouffe. comme si leurs putains d'usines s'étaient déversées dans mon âme. Comme s'ils avaient mit mon cœur en vente sur Ebay. Je suis un paquebot, et tout mon pétrole s'est déversé sur le carrelage, à moins que ce ne soit du sang. Je ne sais plus. On m'a vendu du rêve, il y a longtemps, mais j'ai oublié le ticket de caisse, alors je me retrouve avec une réalité trop petite pour moi. Je me précipite, fébrile, dans ma salle de bain où il me semble avoir un médicament contre la dépression, celui dont la pub est affichée à chaque arrêt de bus. Non, merde, je l'ai terminé hier. J'allume une cigarette.

J'étouffe, au milieu de ces murs d'un blanc immaculé, de ce mobilier grisâtre et de ces magazines people multicolores. Y'a des lambeaux d'utopie, par-ci par-là, qui datent de l'époque où j'y croyais encore. Mais je suis mort, maintenant, parce que ça vaut mieux que d'être fou. Je serre les poings et brise les fenêtres, toutes. La mélodie qu'elles produisent en explosant ravit mes oreilles. Dehors, j'entends les machines parler de leurs voix d'automates. Ils disent tous la même chose, ça fait des années qu'ils vomissent les mêmes paroles. D'ailleurs, la veille de leur mort, ils les diront encore. Hey, j'ai acheté un sonotone sony ericsson et un fauteuil roulant mercedes.

J'étouffe, chez moi, alors je sors dans la rue.
J'étouffe, dans la rue, alors je vais en forêt.
J'étouffe, en forêt, alors je sors ma carte bleue.

Aujourd'hui, en forêt, un jeune homme s'est tranché les veines avec sa carte bleue, pour que les vidéos de sa mort soit rediffusées ce soir, tapez « 1 ». Pour voir un enregistrement de sa famille en larmes, tapez « 2 », pour voir son cadavre dévoré par les asticots, tapez « 3 ». Vous aurez peut-être la chance de gagner un séjour d'une semaine au coeur de la forêt amazonienne! Bonne chance, et à bientôt.

mercredi 24 juin 2009

Le Banc.

C'était une journée d'automne encore douce,
Tous deux sur un banc, nous contemplions le ciel,
Vêtu pour la saison de sa chemise rousse,
Un tableau merveilleux, aux couleurs irréelles.

Pâle comme les neiges, et aux cheveux d'or pur,
Bercée par un parfum de fraise et de vanille,
Tes yeux désarmants étaient froids comme l'azur,
Je te fixais, envoûté, sans que tu ne cilles.

Tout paraît si lointain, les images s'effacent,
Tu t'es enfuie au loin, et sans laisser de trace,
La mort a ton regard... et ton parfum tenace.

Je lance cette bouteille dans l'océan,
Et si elle te parvient, emportée par les vents,
Sache que je t'attendrais, toujours sur ce banc.

Le Sauveur.

Mon amour je t'offre une haine éternelle,
Je te souhaite de souffrir, encore et encore,
Que tes macabres tourments se muent en réel,
Que ton âme s'effondre et que tu m'implores.

Mon Ange, je te traînerais où tout est noir,
Au théatre de tes mille et une terreurs,
Egarée, seule, accablée par le désespoir,
C'est mon nom que tu crieras durant des heures.

Et lorsque ton coeur, les ténèbres étoufferont,
Toute entière perdue dans le puit du démon,
Il n'y aura plus que moi pour te secourir.

Je prendrais ta main pour te sortir de l'éther,
Car je suis le seul à entendre tes prières,
Tu m'aimeras enfin, à jamais, mon Ange.

À Celui qui s'est Révolté.

(6x6x6)

Toi qui sommeilles en moi,
Le seul en qui j'ai foi,
Qui guide mes pensées
Et qui dictes mes actes,
En vertu de ce pacte,
Qui nous maintient liés.

Mes faibles sentiments,
Tu les as écrasés,
À mon cœur as donné
La dureté du diamant,
La force de céder,
À mes sombres penchants!

De l'amour je n'ai plus,
Rien à foutre à présent,
Un instant j'y ai cru,
Jusqu'à être dément
Mais vois, dans mes veines...
N'est plus que la haine.

J'ai perdu foi en Dieu,
Ainsi qu'en les hommes,
Ceux qui survivent comme,
S'ils avaient clos leurs yeux,
Accrochés à leurs dogmes,
Comme a sa canne un vieux!

Tu m'as apprit comment,
Les drogues et le vin,
Emmènent tendrement,
Vers un monde sans fin,
Là où je n'ai n'ai plus peur,
Loin de cette laideur.

Merci à toi qui m'as,
Déchiré les chaînes,
Montré le vrai Eden,
Merci à toi qui m'as,
Fait connaître les joies,
D'être sans foi ni loi!

mardi 23 juin 2009

L'hypocrite

Une femme portée par de coûteux parfums,
Ses cheveux sont blonds et sa stature parfaite,
Sous ses pas le bitume se mue en satin,
Maquillée, et fière de sa beauté surfaite,

Un homme que plus personne ne nomme ainsi,
Crasseux et puant, il n'espère plus rien,
Sans même le courage d'abréger sa vie,
Il les déteste tous, leur monde n'est pas le sien,

Elle passe devant, comme s'il n'était pas
Son nez se froisse et elle accélère le pas,
"Et bien quoi ? Après tout je n'y peux rien."

Lorsqu'il s'achève enfin, ultime pulsion,
Elle s'écrie "Quelle triste situation!"
Avant de vérifier que tous l'ont entendue.

lundi 22 juin 2009

Noir & Blanc

[Celui-ci et le suivant, en alexandrins. Pour le fun.]

C'est dans un monde de cendres qu'elle évolue,
Des nuages grisâtres vomissant leurs âmes,
Sur les passants aveugles grouillant dans les rues,
D'une ville en noir et blanc, un tableau infâme.

Elle est là depuis l'éternité, elle danse,
Pâle et tout de noir vêtue, fidèle au décor,
Ses yeux clos ne voient pas la pluie, elle est en transe,
Voluptueuse, exaltée, encore et encore.

Tous, ils s'abritent en crachant leur haine et leur peur,
Mais elle resplendit, dansant durant des heures,
Une déesse dans un monde sur mesure.

Et lorsqu'enfin le soleil vient percer les cieux,
Ils évacuent leurs terriers, leurs rictus joyeux,
Elle, sort un parapluie et s'en va lentement.

Vivez.

Après cent ans passés, je vais enfin mourir.
Allongé dans mon lit, un rictus satisfait,
Je prends le temps de contempler mes souvenirs,
Ressasser avec fierté tout ce que j'ai fait.

Durant des années, j'ai couru après l'argent,
Des milliards qui bientôt seront à mes enfants,
J'ai piétiné, trompé, mentit, vaincu enfin,
Pour quelques sous dont je n'ai profité en rien.

Des femmes m'aimèrent à en perdre la raison,
D'elles je ne garde qu'un souvenir lointain,
J'ai oublié pour la plupart jusqu'à leur nom.

J'ai perdu des amis pour des futilités,
Du monde si vaste je n'ai connu que moi,
Je ne veux plus mourir. Pas sans avoir été.