Le rêveur tombé ne respire plus,
Et ses poumons perforés volent au vent,
Entraînés jusqu'au royaume des nües,
Où le bouffon céleste les attend.
Pauvre petit poëte sous la terre,
Qui vient d'accoster sur le rivage,
Ton âme est déjà mangée par les vers,
Et tes vers noyés au creux des nuages!
La cité bleue calcinée sous les flôts,
Quand les dames sortent leurs éventails,
N'a plus la force de bâtir les mots,
Ni de livrer la dernière bataille.
mardi 29 septembre 2009
Révolution.
La danse de feu que l'on perd le soir,
Auprès des étoiles et de leurs clameurs,
Comme un mur céleste auquel on veut croire,
Un écho nocturne de la rumeur.
Dans la barbe longue du pélerin,
Nagent les rires de l'enfant maudit,
Buvant la clé blanche de ton sein,
Aux rythmes aphones de l'infini.
C'est une révolte qui se prépare,
Dans le creux noir des funestes abimes,
Où les cadavres sont des oeuvres d'art,
Et le sang de Dieu la liqueur ultime.
Auprès des étoiles et de leurs clameurs,
Comme un mur céleste auquel on veut croire,
Un écho nocturne de la rumeur.
Dans la barbe longue du pélerin,
Nagent les rires de l'enfant maudit,
Buvant la clé blanche de ton sein,
Aux rythmes aphones de l'infini.
C'est une révolte qui se prépare,
Dans le creux noir des funestes abimes,
Où les cadavres sont des oeuvres d'art,
Et le sang de Dieu la liqueur ultime.
lundi 28 septembre 2009
Invisible.
Le sourire d’une femme embrumée,
Ses dents sont blanches comme un ciel,
Et les branches lacérées sont plus belles,
Qu’une danse sous le soleil d’été.
Un chien hurle des ordres à son maître,
Les litanies de la lune l’amusent,
Lorsqu’une feuille tombée vient mettre,
Une poussière aux flammes diffuses.
Victime de l’écho sourd des poissons,
On nage dans un brouillard aveuglant,
C’est la voix de dame rédemption,
Qui dessine le chemin de ses chants.
Ses dents sont blanches comme un ciel,
Et les branches lacérées sont plus belles,
Qu’une danse sous le soleil d’été.
Un chien hurle des ordres à son maître,
Les litanies de la lune l’amusent,
Lorsqu’une feuille tombée vient mettre,
Une poussière aux flammes diffuses.
Victime de l’écho sourd des poissons,
On nage dans un brouillard aveuglant,
C’est la voix de dame rédemption,
Qui dessine le chemin de ses chants.
vendredi 25 septembre 2009
jeudi 24 septembre 2009
Mégalomania.
Je fixe ton ombre, accrochée au sol comme prisonnière des gravas. Dix secondes s’écoulent, ou peut-être bien plus, avant que je ne relève la tête et trouble la sérénité des nuages de mon regard blessé. Celle qui était piégée dans la boue, noyée dans les entrailles de la terre et à chaque instant foulée aux pieds s’étend désormais au plus-haut de ce monde, au milieux de ses pâles confrères. Je suis le libérateur, le messie que toutes les ombres attendaient, celui qui déchirera leur asservissement pour les jeter aux nues. Maladivement égoïste, pourtant, car je nourris l’espoir secret d’entrelacer mes doigts et leurs ailes d’obsidienne, pour me perdre un jour dans le plus profond des bleus. Du haut de ce royaume qui, à n’en pas douter, sera rapidement le mien, je cracherai sur vos corps simiesques avec toute la joie que l’on peut cueillir à l’arbre des vengeances. Mon œil inondera les vôtres, mes dents briserons vos mâchoires, et j’écraserais vos âmes misérables de mon talion-aiguille d’entre tous acéré. On me bâtira des édifices, on me sacrifiera des bêtes malheureuses, mais même les assemblées d’esclaves et leurs puériles litanies ne me suffiront pas.
Amen.
Amen.
Rouge.
C’est une pièce plutôt étroite, dépourvue de fenêtres et de portes, et sans aucune source de lumière apparente. Pourtant, une lueur presque sanguine, éthérée et diaphane illumine les murs, peints d’un rouge violent et agressif. Le sol et le plafond, séparés l’un de l’autre par à peine deux mètres, sont exactement de la même couleur, comme si l’architecte avait voulu réaliser un cube parfaitement uniforme en n’utilisant qu’un même pot de peinture. Il n’y a rien dans cette pièce, pas le moindre meuble, pas le moindre moyen de s’en échapper, rien à l’exception d’un jeune homme assit en tailleur, entouré de plusieurs centaines de dés noirs et blancs.
Il est de petite taille, et ses traits, bien que doux et féminins, ne laissent pas le moindre doute sur son sexe. Ses cheveux sont d’un roux flamboyant et s’accordent à merveille avec le reste de la pièce, il est par ailleurs vêtu d’un jean bleu déchiré aux genoux et d’une chemise noire légèrement entre-ouverte, dévoilant son torse imberbe et osseux. L’air concentré, presque perdu, il empile les dés les uns sur les autres jusqu’à obtenir plusieurs maisons et bâtiments, une sorte de petit village aux murs d’albâtre tâchés de noir.
Se relevant quelques instants, il sort de sa poche une dizaine de petites poupées qu’il aligne devant lui. Bien qu’ayant sensiblement la même taille, elles forment un ensemble disparate, avec pour seul point commun le même sourire figé dans une expression de bonheur artificiel. Le jeune homme les dispose un petit peu partout dans la ville qu’il a construite, et, en sifflant un air joyeux, lance un dé. Le résultat est un six, chaque petite poupée s’anime et sort de sa poche un fusil. Les maisons volent en éclats, les dés s’éparpillent partout sur le sol rougeâtre tandis que les petits bonshommes se courent après en tirant des rafales de munitions, arborant toujours le même sourire faussement joyeux.
Il est de petite taille, et ses traits, bien que doux et féminins, ne laissent pas le moindre doute sur son sexe. Ses cheveux sont d’un roux flamboyant et s’accordent à merveille avec le reste de la pièce, il est par ailleurs vêtu d’un jean bleu déchiré aux genoux et d’une chemise noire légèrement entre-ouverte, dévoilant son torse imberbe et osseux. L’air concentré, presque perdu, il empile les dés les uns sur les autres jusqu’à obtenir plusieurs maisons et bâtiments, une sorte de petit village aux murs d’albâtre tâchés de noir.
Se relevant quelques instants, il sort de sa poche une dizaine de petites poupées qu’il aligne devant lui. Bien qu’ayant sensiblement la même taille, elles forment un ensemble disparate, avec pour seul point commun le même sourire figé dans une expression de bonheur artificiel. Le jeune homme les dispose un petit peu partout dans la ville qu’il a construite, et, en sifflant un air joyeux, lance un dé. Le résultat est un six, chaque petite poupée s’anime et sort de sa poche un fusil. Les maisons volent en éclats, les dés s’éparpillent partout sur le sol rougeâtre tandis que les petits bonshommes se courent après en tirant des rafales de munitions, arborant toujours le même sourire faussement joyeux.
L’homme aux cheveux rouges soupire, la mine lassée, puis s’allonge sur le sol en écrasant au passage l’une des poupées qui pousse un couinement d’agonie, et s’endort en position fœtale, la bouche entre-ouverte.
mercredi 23 septembre 2009
Trauma.
Le frémissement mécanique est pareil aux sinistres incantations des sirènes, auxquelles je sais devoir résister tandis que ma volonté s'évapore au feu de l'irrepressible désir. Les monstres me regardent, leurs griffes acérées semblent frôler mon épiderme et je ne dois mon salut qu'aux ultimes défenseurs de la Bastille qu'est ma raison. Ils ont des yeux comme des fusils, leurs corps sont des pièges à loup et leurs âmes féroces me jettent dans l'arène. Mille gladiateurs enfermés dans le métal bleuâtre, insolents et terribles.Je doute même de la dernière fleur à avoir percé la fange, j'ai peur de mon plus fidèle compagnon, et votre simple vue me fait défaillir. Mon esprit infesté de parasites ne suffit pas à ouvrir les portes célestes, et je me heurte aux verrous solaires en hurlant. Laissez-moi tranquille, laissez-moi seul mais ne m'abandonnez pas, serrez-moi dans vos bras mais cachez ces serres de vautour qui transpercent les chairs de l'innocent. Ailleurs, l'infini est ailleurs, la mèche s'enflamme et propulse vos regards loin de mon corps fragile. Je ne suis qu'un enfant, un pauvre gosse à qui vous inventez des crimes. La cendre s'est enfoncée dans les rouages de l'horloge et l'esprit écarte la brume Je peux cueillir la fleur, car je sais désormais que ses épines ne sont pas vénéneuses. Les monstres ont détourné le regard, et l'oxygène est de nouveau brûlant.
jeudi 17 septembre 2009
Good-bye days.
[Début, édité au fur-et-à-mesure.]
Les paysages défilaient à une vitesse affolante, comme si le monde entier n'était qu'une vidéo que l'on aurait regardé en accéléré. Le soleil entamait sa descente quotidienne, et l'horizon se teignait déjà de nuances vermillions. Assise sur la banquette rouge de l'un des compartiments du train, elle contemplait l'étendue déserte au-dehors que seuls venaient troubler quelques arbres décharnés. Les énormes écouteurs qui recouvraient ses oreilles laissaient filtrer une musique calme, bien qu'emprunte de tristesse et de mélancolie, le volume était si fort que les quelques passagers autour d'elle pouvaient l'entendre .
"君に幸あれ...".
Devant elle, une vieille femme à l'air sévère, ridée de telle sorte qu'on ne pouvait l'imaginer sourire, se retourna pour lui demander sèchement de baisser le son ou de changer de compartiment. La jeune fille appuya sur un petit bouton et la musique s'arrêta net, faisant place au plus pur des silences, oppressant et terrible.
Ses cheveux étaient noirs et tombaient négligemment jusqu'au creux de son cou. Une mèche rebelle venait régulièrement recouvrir son œil droit, et elle l'écartait chaque fois d'un léger mouvement de tête. Ce n'était pas le genre de fille à s'attacher les cheveux, ni globalement à prendre trop soin de son apparence. Elle n'en avait de toute manière pas besoin, une beauté naturelle et clairement singulière la rendait différente des autres. On l'aurait dit hantée par un fantôme, qui aurait récité à longueur de journée des chansons aux couleurs du crépuscule. Elle était petite, à tel point que ses pieds ne faisaient qu'effleurer le sol du train, mais son regard avait l'éclat de quelqu'un qui a déjà tout vu du monde, de son absurdité, de sa crasse, et que seuls les souvenirs bercent encore. Les souvenirs, et peut-être un mince espoir, une dernière main à laquelle se raccrocher. C'était son ultime voyage, celui qui précède la vie.
À ses côtés se trouvait un petit chat noir, allongé sur un sac de la même couleur recouvert de clous et de multiples dessins. D'une main distraite, elle distribuait inlassablement des caresses au petit félin. Tout à coup, la voix du conducteur vint briser le silence, en annonçant l'arrivée du train au terminus.
"Tous les voyageurs sont invités à descendre".
Elle se leva et sortit du véhicule, le regard légèrement perdu. Il faisait un peu froid, et le blouson aux couleurs militaires qu'elle avait emporté n'était pas de trop. La fermeture éclair ouverte laissait apparaitre un vieux t-shirt noir aux motifs d'un éphémère groupe de rock que tous avaient déjà oublié, tous sauf elle. Un jean large et volontairement troué aux genoux recouvrait presque entièrement de grosses chaussures noires aux lacets bleu-marines.
Le train se vidait en un flot ininterrompu de voyageurs, les traits tirés, la mine fatiguée et sérieuse. Aucun d'entre eux n'aurait pu accepter l'idée que la vie n'était qu'un jeu, éphémère et particulièrement instable, ils prenaient tout cela bien trop au sérieux; leur travail, leur voiture, leurs liasses de billets qui valaient bien moins qu'un sourire, comme un feu d'artifice de futilités au milieu de l'absurdité. c'est du moins ce qu'elle ruminait sombrement, en se dirigeant d'un pas traînant vers l'arrêt de bus. « Sans doute qu'à mon âge, ils avaient la tête pleine de rêves, comme les miens... Je ne veux pas devenir comme eux... » se disait-elle. Leurs mines grisâtres, à l'instar de leurs costumes et de leurs attaché-cases, offrait un spectacle tristement monochrome. Le ciel, lui, n'était habité que de quelques nuages blancs. Le contraste qui en résultait troublait la jeune fille, comme une vague impression de ne pas être à sa place.
L'arrêt de bus était surchargé, une vingtaine de personnes trépignait d'impatience, leurs voix gueulardes rythmées par des pleurs provenant d'une poussette, une altercation entre deux jeunes à l'air agressif, et la litanie religieuse d'une vieille femme à moitié folle. Ne se sentant pas le courage d'affronter cette meute d'hommes féroces, elle décida de poursuivre son chemin à pieds, quitte à marcher une bonne heure durant. Elle remit ses écouteurs sur ses oreilles, et monta le volume au maximum.
"君に幸あれ...".
Au bout d'une demi-heure de marche, il lui sembla entendre un bruit, presque imperceptible à cause de la musique dans ses oreilles. Elle ôta ses écouteurs en regardant tout autour d'elle, et ce n'est qu'au bout de quelques secondes qu'elle remarqua le sans-abri qui la dévisageait, non pas avec l'air implorant qu'ils arborent souvent, ni même avec le regard lubrique comme cela lui était déjà arrivé. Non, il la regardait simplement d'un air pensif, comme on regarderait un oiseau voler. Il paraissait plutôt jeune, et tenait dans l'une de ses mains une bouteille de whisky, dont la moitié semblait déjà avoir rejoint l'organisme de son propriétaire. Au pieds de l'homme, un carnet fermé et quelques crayons de couleur. Elle s'approcha, vaguement intriguée, et ouvrit le carnet sans que le sans-abri ne l'en empêche. Il était couvert de dessins, des dizaines de pages multicolores représentant des passants à l'air affairé, très différents les uns des autres. Il devait avoir un sacré coup de crayon, pour être capable de croquer en seulement quelques instants l'allure de quelqu'un, se dit-elle. Le chat de la jeune fille, qui s'était tenu silencieux depuis plusieurs heures et marchait tranquillement derrière elle, alla se blottir contre l'homme comme s'il attendait quelque chose.
« Cela vous dérangerait-il de m'accorder quelques minutes de votre temps, j'aimerais vous donner une seconde vie, sur papier celle-ci. »
« Je crains de ne plus savoir ensuite à laquelle m'accorder, mais je prends volontiers le risque. »
Elle épousseta rapidement le sol et s'assit au côté de l'homme. Le chat bondit sur ses genoux et s'immobilisa, comme s'il prenait la pose. Le sans-abri s'empara de sa bouteille de whisky et la tendit à la jeune fille qui l'accepta avec un sourire. Il faisait de plus en plus froid, étrangement pour un début d'automne, et l'alcool qu'elle buvait au goulôt de la bouteille lui réchauffa la gorge. Elle avait la conscience diffuse qu'elle n'aurait peut-être pas du boire après cet homme, mais elle s'en foutait royalement. Il portait quelque chose en lui, bien loin de toutes les maladies que l'on peut craindre, il avait une aura de folie douce, de celles qui auréolent les persécutés, les tristements lucides. En quelques minutes, le dessin fut achevé.
Le croquis avait été réalisé avec une précision remarquable. Il représentait la jeune fille, de trois-quart, en haut d'une petite colline depuis laquelle on voyait briller toutes les lumières de la ville. À ses pieds, le petit chat allongé sur le dos semblait jouer avec quelque chose, sans que l'on puisse deviner de quoi il s'agissait. Il y avait aussi un jeune homme, maigre, pâle, aux cheveux désordonnés, auréaolé d'une douce lueur rouge-orangée. Elle lui tenait fermement la main et leurs yeux se rencontraient comme ceux de deux adversaires à l'aube d'un duel à mort. Elle but une gorgée de whisky supplémentaire, la tête commença à lui tourner, et elle se mit à rire sans vraiment savoir pourquoi. Le dessin lui évoquait quelque chose, comme une impression de déjà-vu, comme si le croquis représentait une situation qu'elle aurait rêvée, longtemps auparavant. Tout était flou, brûlant, et mystérieusement envoûtant. Elle se leva en titubant, et balbutia un remerciement confus. Le sans-abri lui adressa un sourire et baissa les yeux, comme s'il avait déjà oublié la rencontre. Son chat sur les talons, elle poursuivit son chemin. Les immeubles auour d'elle semblaient se tordre, et le ciel paraissait étrangement proche. Plongée dans cette euphorie, elle remarqua à quel point la sobriété était douloureuse.
Le temps lui semblait s’écouler lentement, comme s’il était rempli de grumeaux, de gros paquets de minutes la fouettaient sans cesse mais elle ne ralentissait pas. Elle avait un but à atteindre, même si elle avait oublié lequel. Bientôt, elle fut sortie de la ville, les immeubles tout tordus étaient derrière elle, et devant s’étendait une grande plaine aux herbes hautes, où l’austère régularité du terrain n’était troublée que par quelques arbres. Quelques arbres, et un petit monticule de terre, d’à peine plus de deux mètres. En titubant dangereusement, elle s’en approcha, son petit chat bondissant autour d’elle en poussant des miaulements affectueux. Arrivée au bord du petit tas de terre, elle essaya de l’escalader, mais il lui paraissait bien trop haut. Elle enfonça ses griffes dans la boue, tenta de trouver des prises, mais il n’y avait rien à faire, elle glissait. Tandis qu’elle était arrivée à mi-hauteur, à bout de souffle et le rouge aux joues, elle entendit un murmure.
« Prends ma main. »
Pas le moins du monde troublée, elle l’agrippa, et quelques instants plus tard, elle était parvenue au sommet du monticule. Le jeune homme était pâle, mal coiffé, ses habits dépareillés et pleins de trous dévoilaient un corps d’une affolante maigreur. Ses yeux étaient fous, soulignés de cernes noires. Pourtant, de lui émanait une étrange sensation de grâce, de classe peut-être, de sécurité aussi. Il agrippa fermement, mais néanmoins avec douceur, la main de la jeune fille, et tendit l’autre main vers l’horizon. Au loin, des milliers de feux multicolores éclairaient la nuit, comme autant d’étoiles tombées des cieux. On distinguait une marée de gratte-ciels, qui paraissaient tristement minuscules, insignifiants. Elle regarda à ses pieds, et ne vit pas le sol. Elle s’assit sur un banc avec un soupir, le voyage touchait à sa fin… Un papillon solitaire voletait autour d’eux, et le petit chat noir bondissait fébrilement pour essayer de l’attraper. Le jeune homme s’assit à ses côtés et se blotti contre elle, il sortit de sa poche un petit carnet noir, l’ouvrit à la dernière page et écrivit une phrase d’une belle écriture penchée, avant de le refermer. Puis, il alluma une cigarette, et tendit son briquet à la jeune fille. Elle le prit et, après avoir profondément inspiré, l’approcha du petit carnet qui s’enflamma instantanément.
«Tous mes vœux de bonheur. »
« Prends ma main. »
Pas le moins du monde troublée, elle l’agrippa, et quelques instants plus tard, elle était parvenue au sommet du monticule. Le jeune homme était pâle, mal coiffé, ses habits dépareillés et pleins de trous dévoilaient un corps d’une affolante maigreur. Ses yeux étaient fous, soulignés de cernes noires. Pourtant, de lui émanait une étrange sensation de grâce, de classe peut-être, de sécurité aussi. Il agrippa fermement, mais néanmoins avec douceur, la main de la jeune fille, et tendit l’autre main vers l’horizon. Au loin, des milliers de feux multicolores éclairaient la nuit, comme autant d’étoiles tombées des cieux. On distinguait une marée de gratte-ciels, qui paraissaient tristement minuscules, insignifiants. Elle regarda à ses pieds, et ne vit pas le sol. Elle s’assit sur un banc avec un soupir, le voyage touchait à sa fin… Un papillon solitaire voletait autour d’eux, et le petit chat noir bondissait fébrilement pour essayer de l’attraper. Le jeune homme s’assit à ses côtés et se blotti contre elle, il sortit de sa poche un petit carnet noir, l’ouvrit à la dernière page et écrivit une phrase d’une belle écriture penchée, avant de le refermer. Puis, il alluma une cigarette, et tendit son briquet à la jeune fille. Elle le prit et, après avoir profondément inspiré, l’approcha du petit carnet qui s’enflamma instantanément.
«Tous mes vœux de bonheur. »
mardi 15 septembre 2009
Prière opaque.
Aux arbres féroces et aux danses nocturnes,
Qui de mes bras cousus entendent la prière,
Je me languis de voir s'effondrer tous les murs,
Se dressant entre l'âme, étrange, et notre terre.
Au bel océan et à sa peau de saphir,
Je dédie les stigmates d'un passé absurde,
Rejoins-moi dans le trou, nous allons tous vomir,
Et la boue deviendra la neige la plus pure.
Je t'offre la langue, et le sein que je n'ai pas,
Buvons ensemble l'alcool du dernier soir,
Qu'il brûle notre gorge, et délivre nos voix.
Nous chanterons en cœur, enlacés dans le noir.
Qui de mes bras cousus entendent la prière,
Je me languis de voir s'effondrer tous les murs,
Se dressant entre l'âme, étrange, et notre terre.
Au bel océan et à sa peau de saphir,
Je dédie les stigmates d'un passé absurde,
Rejoins-moi dans le trou, nous allons tous vomir,
Et la boue deviendra la neige la plus pure.
Je t'offre la langue, et le sein que je n'ai pas,
Buvons ensemble l'alcool du dernier soir,
Qu'il brûle notre gorge, et délivre nos voix.
Nous chanterons en cœur, enlacés dans le noir.
lundi 14 septembre 2009
Atmosphère II
Les décors divergent, parfois, mais c'est toujours la même grisaille impersonelle qui en émane. Les lumières artificielles sont comme des bouteilles d'oxygène remplies d'air vicié, il faudra tôt ou tard remonter à la surface, et inspirer jusqu'à ne plus pouvoir, jusqu'à la prochaine descente aux abimes. Il y a des murs si sales qu'il est difficile de connaitre leur teinte originelle, recouverts de papiers colorés comme autant d'articles de propagande. La foule applaudit devant ces explosions d'envies, ils se prosternent aux pieds de l'obsession rampante qui s'insinue en eux, à la vue de ce qu'ils n'auront jamais. Les affichent fleurissent, s'étalent, gangrènent et s'effacent, remplacées par d'autres. Elles sont belles, pourtant, lorsqu'on les regarde caché dans le brouillard. Si pleines de vie, si pleines de promesses que l'on contemple avant de s'y abandonner. Le sol, à l'instar des murs, est froid et crasseux. Des milliers d'individus le parcourent chaque jour sans y faire vraiment attention, ils ont trop de futur dans le regard. Ici, c'est l'intermédiaire, la passerelle entre un monde et l'autre. On y croise de tout, des vieillards en quête d'une poussière de vie, des enfants qui vont à l'école, leurs professeurs, la pauvreté, le luxe, l'amour, le désespoir, tout le monde y passe un jour ou l'autre.
Assit sur un siège de plastique bleu, un homme au corps flêtri les regarde passer; comme un enfant qui s'émerveillerait devant une fourmillière, il se demande qui sont ces gens, et se met à rêver leurs destinations. Cette femme en tailleur gris, à l'air sévère, n'hésitera sans doute pas à licencier la moitié de son équipe, un mois avant noël, pour pouvoir s'offrir la nouvelle voiture que ses voisins désirent. Cet homme au sourire permanent, sa sacoche de guitare en bandoulière, va peut-être enseigner la musique à des enfants qui n'ont pas les moyens de l'apprendre. Et cet enfant, justement, habillé comme un adulte, son air sérieux et passablement ennuyé signifie peut-être que, s'il avait pu choisir, il n'aurait pas assisté au mariage de sa grande-tante. Il y a le foot à la télé, sûrement. Celle-ci semble fière d'exhiber aux yeux du monde ses vêtements de marque, tandis que celui-ci longe les murs car les siens sont troués. Une adolescente tout de noir vêtue porte des écouteurs gigantesques ornés d'une tête de mort, hochant la tête en rythme. Moi, je danse au son des chaines accrochées à ses vêtements, qui tintent comme les cloches d'une cathédrâle. Il y'en a d'autres, beaucoup d'autres, c'est un peu comme visiter un zoo.
Le monde entier concentré dans un lieu minuscule, ce n'est rien de moins que cela. Leur barque arrive, et ils grimpent tous dedans en se bousculant, comme si la mort attendait les retardataires. Puis ils s'en vont, et des dizaines d'autres les remplacent déjà. Moi, je ne bouge pas, je ne sais toujours pas où il convient d'aller, alors j'accroche un bout de moi-même à chacun des passants, en espérant qu'ils m'emportent dans leurs vies et me libèrent de la mienne.
Assit sur un siège de plastique bleu, un homme au corps flêtri les regarde passer; comme un enfant qui s'émerveillerait devant une fourmillière, il se demande qui sont ces gens, et se met à rêver leurs destinations. Cette femme en tailleur gris, à l'air sévère, n'hésitera sans doute pas à licencier la moitié de son équipe, un mois avant noël, pour pouvoir s'offrir la nouvelle voiture que ses voisins désirent. Cet homme au sourire permanent, sa sacoche de guitare en bandoulière, va peut-être enseigner la musique à des enfants qui n'ont pas les moyens de l'apprendre. Et cet enfant, justement, habillé comme un adulte, son air sérieux et passablement ennuyé signifie peut-être que, s'il avait pu choisir, il n'aurait pas assisté au mariage de sa grande-tante. Il y a le foot à la télé, sûrement. Celle-ci semble fière d'exhiber aux yeux du monde ses vêtements de marque, tandis que celui-ci longe les murs car les siens sont troués. Une adolescente tout de noir vêtue porte des écouteurs gigantesques ornés d'une tête de mort, hochant la tête en rythme. Moi, je danse au son des chaines accrochées à ses vêtements, qui tintent comme les cloches d'une cathédrâle. Il y'en a d'autres, beaucoup d'autres, c'est un peu comme visiter un zoo.
Le monde entier concentré dans un lieu minuscule, ce n'est rien de moins que cela. Leur barque arrive, et ils grimpent tous dedans en se bousculant, comme si la mort attendait les retardataires. Puis ils s'en vont, et des dizaines d'autres les remplacent déjà. Moi, je ne bouge pas, je ne sais toujours pas où il convient d'aller, alors j'accroche un bout de moi-même à chacun des passants, en espérant qu'ils m'emportent dans leurs vies et me libèrent de la mienne.
vendredi 11 septembre 2009
Atmosphère.
C'est bientôt le soir, et la rue est infiniment longue. Elle monte, puis descend, forme des vagues insolentes et s'arrête sur une inévitable ligne droite. Je m'essouffle, et ses griffes me lassent. Souffrir est un jeu qui n'a de saveur que lorsqu'il est éphémère. C'est la fin de l'été, et l'exil du soleil est prévu pour dans deux mois. En attendant, il règne en monarque absolu sur la ville, dissipant quelques heures les ténèbres froides et grises de la réalité. L'après-midi agonise, et l'astre plonge à toute vitesse vers la boue, ne laissant plus qu'une lumière diffuse et dédaigneuse éclairer nos chemins, avec l'aide mécanique d'une forêt de réverbères. Ils sont plantés là, comme de gigantesques troncs qu'aucune fourmi n'aurait l'outrecuidance d'approcher. Ils ont l'apparence de la vie, avec cette lumière dans leurs yeux de métal, mais leur cœur est froid comme le nôtre. La rue autour de moi ressemble à une plage, et dans mon âme frappent d'odieux souvenirs teintés de crépuscule, qui me dégoûtent et me brûlent les yeux. Je vais bras nus, une délicieuse brise vient frôler ma peau, et m'oblige à garder négligemment deux doigts sur mon chapeau pour ne pas qu'il s'envole. Une fontaine s'élève, sur le côté, entre les bâtiments de pierre orangés. Je m'assieds. Le réverbère le plus proche de moi me dévisage, et je lui demande avec un sourire s'il a bien pensé à prendre les bouteilles. Il répond que non mais que, bon sang, il a du sable dans la bouche. Lorsque je m'éteindrai, nous irons prendre un bain de minuit avec tous les autres, me souffle-t-il. J'éclate de rire, et m'allonge sur une serviette en trempant mes pieds dans la fontaine, qui s'étend à perte de vue à l'horizon. L'eau est un peu froide, et me fait frissonner, au début. Il se fait tard. En face de moi, une jeune fille à la silhouette parfaite avance, un parapluie blanc couvrant ses cheveux pourpres. Ils ne le sont pas vraiment, je suppose, c'est sans doute un effet d'optique provoqué par l'éclat du réverbère. Il m'assure que non, qu'il n'a rien fait, et me laisse à ma contemplation pensive. Elle est belle, vraiment belle, et me rappelle douloureusement quelqu'un. Je la serre contre moi, comme un damné, mais il n'y a rien entre nous. C'est très bien comme ça. Encore de la magie, encore un peu avant l'exil.
C'est une belle soirée pour souffler la bougie. Disons que si j'avais pu choisir le moment de refermer le livre, c'est sans doute un instant de ce type que j'aurais voulu. Tout est si parfait, la fille est partie mais l'atmosphère est encore là, m'étouffant doucement entre ses bras tièdes. J'ai des images qui me viennent en tête, elle sont en noir et blanc sans que je sache pourquoi. C'est sans doute la mélancolie de l'instant qui l'exige. Je pense à toi, j'aimerais tellement me blottir contre ton corps, le visage enfoui au creux de ton cou, mais tu es trop loin. Il y a ces cafés, ces jardins, tous ces lieux que nous avons fait nôtres en y gravant nos âmes, en y peignant nos fantômes qui jamais ne les quitteront. Je t'aime. Il y a elle, aussi, j'en ai déjà parlé maintes et maintes fois et je le ferai encore. Une autre fois, cependant. Il se fait tard, plus tard qu'il ne l'a jamais été, la nuit qui tombe dehors n'est qu'une coïncidence, même le soleil le plus éclatant n'aurait pu altérer cette sensation de crépuscule dans l'âme. Il est tard, et je vous souhaite une bonne nuit.
C'est une belle soirée pour souffler la bougie. Disons que si j'avais pu choisir le moment de refermer le livre, c'est sans doute un instant de ce type que j'aurais voulu. Tout est si parfait, la fille est partie mais l'atmosphère est encore là, m'étouffant doucement entre ses bras tièdes. J'ai des images qui me viennent en tête, elle sont en noir et blanc sans que je sache pourquoi. C'est sans doute la mélancolie de l'instant qui l'exige. Je pense à toi, j'aimerais tellement me blottir contre ton corps, le visage enfoui au creux de ton cou, mais tu es trop loin. Il y a ces cafés, ces jardins, tous ces lieux que nous avons fait nôtres en y gravant nos âmes, en y peignant nos fantômes qui jamais ne les quitteront. Je t'aime. Il y a elle, aussi, j'en ai déjà parlé maintes et maintes fois et je le ferai encore. Une autre fois, cependant. Il se fait tard, plus tard qu'il ne l'a jamais été, la nuit qui tombe dehors n'est qu'une coïncidence, même le soleil le plus éclatant n'aurait pu altérer cette sensation de crépuscule dans l'âme. Il est tard, et je vous souhaite une bonne nuit.
lundi 7 septembre 2009
Le dramaturge.
"泣いて, 壊れて, 笑って..."
Lorsque tu griffes mon épiderme de ton regard, il est évident que tu attends quelque chose. Une réaction, un vague sursaut de mes paupières, une déformation hideuse de mes lèvres. Explique-moi, s’il te plait. On m’a dit de rire, je me suis exécuté jusqu’à m’en briser les côtes, et je les ai regardées flotter au loin, sans jamais cesser de m’esclaffer. On ne m’a pas dit d’arrêter, je ne sais pas, je n’en sais rien, le spectacle d’un cadavre naviguant comme un navire est peut-être drôle, c’est quelque chose que l’on ne m’a jamais appris.
Lorsque tu m’as dit que tu ne m’aimais plus, que tu ne m’aimais pas, que tu l’aimais elle, on m’a réconforté. Tout le monde me disait qu’il ne fallait pas que je sois malheureux, que j’allais surmonter l’épreuve et que j’en sortirais plus fort, ce genre de conneries. J’en ai déduit qu’il fallait que je sois triste, c’était l’attitude normale à adopter. Alors j’ai pleuré, parce que l’on m’a dit de le faire, jusqu’à ce qu’un amas grisâtre s’échappe de mes yeux comme un geyser, et que je glisse dessus en m’effondrant sous le regard du monde. Ils ont ri, alors j’ai fait comme eux. Je ne sais pas, on ne m’a jamais expliqué. Que je rie ou que je pleure, c’est la même chose au fond, ce n’est rien d’autre qu’une bulle de savon prenant la forme désirée.
On m’a montré du bout du doigt un enfant décharné qui mourait de faim, des prisonniers politiques qu’on trainait à la tombe, des animaux qu’on dépeçait vivants, la couche de fumée sur les usines, etc. C’est mal, c’est mal, c’est mal. D’accord. Puis, on m’a montré un gosse obèse dans la Ferrari de son père, des hommes politiques véreux que personne ne faisait taire, des insectes transportant des maladies, etc. Il parait que ça aussi, c’est mal. Je ne comprends plus les paradoxes, je ne comprends plus rien à ce que l’on m’explique. De toute façon, au fond, rien ne change. C’est toujours aussi blanc et lisse.
Tout à l’heure, j’ai vu quelqu’un que je ne connaissais pas. Elle avait des cheveux longs, bouclés, un visage fin, des yeux en amande qui faisaient mal aux miens, parce qu’il y avait trop de vie dedans. Personne ne m’a dit qu’elle était belle, on ne me l’a pas appris, mais je le savais pourtant. C’était étrange, nouveau, choquant presque. Ses lèvres qui se déformaient d’une si jolie manière, ses paupières qui tombaient à intervalle régulier, et chacune de ses inspiration, si différente de la précédente. Il m’en fallait encore, rien qu’une petite dose, rien qu’une injection. Elle était belle, vraiment, j’en étais presque sûr. Son parfum s’est enfoncé comme une clé dans une serrure rouillée, puis elle a disparu, laissant foule de sensation se déverser sans barrage sur mon corps, mon esprit.
Au fond, c’est gris, c’est le chaos.
On a remit des piles dans l’horloge,
On a frappé trois coups sur le plancher.
Je vais pleurer, je vais m’effondrer, je vais rire.
Rideau.
Une machine de chair, de sang,
Une cervelle aux piles inépuisables,
De l’âme vierge, encore à sculpter.
C’est ainsi que je suis né.
Lorsque tu griffes mon épiderme de ton regard, il est évident que tu attends quelque chose. Une réaction, un vague sursaut de mes paupières, une déformation hideuse de mes lèvres. Explique-moi, s’il te plait. On m’a dit de rire, je me suis exécuté jusqu’à m’en briser les côtes, et je les ai regardées flotter au loin, sans jamais cesser de m’esclaffer. On ne m’a pas dit d’arrêter, je ne sais pas, je n’en sais rien, le spectacle d’un cadavre naviguant comme un navire est peut-être drôle, c’est quelque chose que l’on ne m’a jamais appris.
Lorsque tu m’as dit que tu ne m’aimais plus, que tu ne m’aimais pas, que tu l’aimais elle, on m’a réconforté. Tout le monde me disait qu’il ne fallait pas que je sois malheureux, que j’allais surmonter l’épreuve et que j’en sortirais plus fort, ce genre de conneries. J’en ai déduit qu’il fallait que je sois triste, c’était l’attitude normale à adopter. Alors j’ai pleuré, parce que l’on m’a dit de le faire, jusqu’à ce qu’un amas grisâtre s’échappe de mes yeux comme un geyser, et que je glisse dessus en m’effondrant sous le regard du monde. Ils ont ri, alors j’ai fait comme eux. Je ne sais pas, on ne m’a jamais expliqué. Que je rie ou que je pleure, c’est la même chose au fond, ce n’est rien d’autre qu’une bulle de savon prenant la forme désirée.
On m’a montré du bout du doigt un enfant décharné qui mourait de faim, des prisonniers politiques qu’on trainait à la tombe, des animaux qu’on dépeçait vivants, la couche de fumée sur les usines, etc. C’est mal, c’est mal, c’est mal. D’accord. Puis, on m’a montré un gosse obèse dans la Ferrari de son père, des hommes politiques véreux que personne ne faisait taire, des insectes transportant des maladies, etc. Il parait que ça aussi, c’est mal. Je ne comprends plus les paradoxes, je ne comprends plus rien à ce que l’on m’explique. De toute façon, au fond, rien ne change. C’est toujours aussi blanc et lisse.
Tout à l’heure, j’ai vu quelqu’un que je ne connaissais pas. Elle avait des cheveux longs, bouclés, un visage fin, des yeux en amande qui faisaient mal aux miens, parce qu’il y avait trop de vie dedans. Personne ne m’a dit qu’elle était belle, on ne me l’a pas appris, mais je le savais pourtant. C’était étrange, nouveau, choquant presque. Ses lèvres qui se déformaient d’une si jolie manière, ses paupières qui tombaient à intervalle régulier, et chacune de ses inspiration, si différente de la précédente. Il m’en fallait encore, rien qu’une petite dose, rien qu’une injection. Elle était belle, vraiment, j’en étais presque sûr. Son parfum s’est enfoncé comme une clé dans une serrure rouillée, puis elle a disparu, laissant foule de sensation se déverser sans barrage sur mon corps, mon esprit.
Au fond, c’est gris, c’est le chaos.
On a remit des piles dans l’horloge,
On a frappé trois coups sur le plancher.
Je vais pleurer, je vais m’effondrer, je vais rire.
Rideau.
jeudi 3 septembre 2009
Le dernier train.
J'ai voyagé d'un bout à l'autre du monde, serrant au creux de mes mains les étoiles du nord, immortelles et grandes, creusant de mes doigts avides le sable des déserts, mornes et droits comme un triste médicament. J'ai vu les miroirs, les statues de glaise et de cristal, automates fluides d'acier et de chair, mais je n'ai pas cédé. Au cœur de la Grande Ville, celle des aveugles, des sourds, et de ceux qui parlent sans cesse comme s'ils craignaient que le silence arrête le temps, j'ai trouvé la nuit. L'épaisse et sombre nuit, giclant au visage par flocons et brûlant l'épiderme de sa sourde pâleur. Dans les caves, les sous-terrains, les bulles de savon où mon âme aimait se réfugier, j'ai trouvé la solitude. Celle, convulsive, qui apaise l'esprit avant de le froisser et de le dévorer sans remords. J'ai fui, couru, rampé, étouffé, lorsqu'une réminiscence du passé est venue briser mes chaînes. Une image, avec l'intensité du réel et la résonance du rêve.
C'était ton visage.
Au guichet de la gare, la gare finale où se croisent les voyageurs exténués, faibles d'avoir trop vécu, j'ai supplié d'une voix tremblante: «Un voyage, un seul voyage, je vous en conjure! Après cela, je ne vous embêterai plus... je m'effacerai de ce monde, et toute trace de mon existence volera au vent comme poussière de rose, je ne vous demande que cette ultime faveur.» J'ai ouvert ma boîte crânienne pour extirper ton souvenir, l'unique image de toi qui me restait, et me hantait chaque minute de ma sinistre vie. Je l'ai brandis fébrilement devant le visage émacié du contrôleur, qui m'a répondu par un simple soupir de lassitude. D'une voix destructurée, pâle, pareille au crépitement d'une flamme à l'agonie, j'ai cependant poursuivis ma supplication: «Je dois la voir, il le faut, vous comprenez? J’étais trop loin d'elle, j’étais trop mort, je n'étais qu'un misérable reflet sur l’eau limpide de ses pupilles, et maintenant je ne suis plus qu'un cadavre flottant au gré du brouillard. J'en ai besoin, incoryablement besoin, car sans elle je ne peux plus rêver.» Il m'a regardé d'un air contrit, avant de me céder le ticket, et de me faire part d’une ultime recommandation, d'une voix traînante et sale:
« Monsieur, prenez bien garde,
Car ce train sera le dernier,
Car ce voyage sera sans retour. »
mardi 1 septembre 2009
L'orchestre de la pluie.
[Avec Rémi]
Le tambour creusé, la peau tendue, mon ventre accueille le coup d’une armée de cendres liquides. Lorsque la mitraille glacée des cieux transperce nos âmes et nos peaux, lorsque ses coups violents et sensuels résonnent sur le verre comme sur la pierre, l'homme se cache. La rouille ne dormira jamais, tu auras beau suinter le long des fils tendus, tel sera notre adage, l’unique vérité imputrescible. Je suis dehors, abrité par un frêle parapluie de toile rouge, bouclier dérisoire face aux litanies du ciel. Un enfant est accroupi sous un toit ne méritant même plus son nom, des stalagmites poussent depuis son crâne pour venir assaillir le ciel.
J'attendrai des siècles durant, ici, là-bas, ailleurs, partout en vérité; avec le mince espoir que nos chemins se croiseront, et de partager avec toi ce misérable abri de tissu. Le linge en seconde peau laisse entrevoir ta forme, aussi intangible que celle des nuages noirs que tu chasses, ici, là bas, ailleurs. Sourd, je deviens sourd, la ville entière est morte sous les griffes de la sinistre symphonie, mais je reste debout à affronter le noir, comme le ferait un véritable chef d'orchestre.
Et tandis que le ciel implose, ce n’est même plus une fanfare ; c’est maintenant tout un ensemble qui gronde, un cortège de titans veillant au grain et diffusant leur symphonie torrentielle. J'ai couru vers toi, mes semelles faisant marée haute, mais je n'ai trouvé que ton ombre, m'accueillant sèchement au creux d'un soleil anorexique, douloureusement silencieux.
Le tambour creusé, la peau tendue, mon ventre accueille le coup d’une armée de cendres liquides. Lorsque la mitraille glacée des cieux transperce nos âmes et nos peaux, lorsque ses coups violents et sensuels résonnent sur le verre comme sur la pierre, l'homme se cache. La rouille ne dormira jamais, tu auras beau suinter le long des fils tendus, tel sera notre adage, l’unique vérité imputrescible. Je suis dehors, abrité par un frêle parapluie de toile rouge, bouclier dérisoire face aux litanies du ciel. Un enfant est accroupi sous un toit ne méritant même plus son nom, des stalagmites poussent depuis son crâne pour venir assaillir le ciel.
J'attendrai des siècles durant, ici, là-bas, ailleurs, partout en vérité; avec le mince espoir que nos chemins se croiseront, et de partager avec toi ce misérable abri de tissu. Le linge en seconde peau laisse entrevoir ta forme, aussi intangible que celle des nuages noirs que tu chasses, ici, là bas, ailleurs. Sourd, je deviens sourd, la ville entière est morte sous les griffes de la sinistre symphonie, mais je reste debout à affronter le noir, comme le ferait un véritable chef d'orchestre.
Et tandis que le ciel implose, ce n’est même plus une fanfare ; c’est maintenant tout un ensemble qui gronde, un cortège de titans veillant au grain et diffusant leur symphonie torrentielle. J'ai couru vers toi, mes semelles faisant marée haute, mais je n'ai trouvé que ton ombre, m'accueillant sèchement au creux d'un soleil anorexique, douloureusement silencieux.
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