lundi 14 septembre 2009

Atmosphère II

Les décors divergent, parfois, mais c'est toujours la même grisaille impersonelle qui en émane. Les lumières artificielles sont comme des bouteilles d'oxygène remplies d'air vicié, il faudra tôt ou tard remonter à la surface, et inspirer jusqu'à ne plus pouvoir, jusqu'à la prochaine descente aux abimes. Il y a des murs si sales qu'il est difficile de connaitre leur teinte originelle, recouverts de papiers colorés comme autant d'articles de propagande. La foule applaudit devant ces explosions d'envies, ils se prosternent aux pieds de l'obsession rampante qui s'insinue en eux, à la vue de ce qu'ils n'auront jamais. Les affichent fleurissent, s'étalent, gangrènent et s'effacent, remplacées par d'autres. Elles sont belles, pourtant, lorsqu'on les regarde caché dans le brouillard. Si pleines de vie, si pleines de promesses que l'on contemple avant de s'y abandonner. Le sol, à l'instar des murs, est froid et crasseux. Des milliers d'individus le parcourent chaque jour sans y faire vraiment attention, ils ont trop de futur dans le regard. Ici, c'est l'intermédiaire, la passerelle entre un monde et l'autre. On y croise de tout, des vieillards en quête d'une poussière de vie, des enfants qui vont à l'école, leurs professeurs, la pauvreté, le luxe, l'amour, le désespoir, tout le monde y passe un jour ou l'autre. 

Assit sur un siège de plastique bleu, un homme au corps flêtri les regarde passer; comme un enfant qui s'émerveillerait devant une fourmillière, il se demande qui sont ces gens, et se met à rêver leurs destinations. Cette femme en tailleur gris, à l'air sévère, n'hésitera sans doute pas à licencier la moitié de son équipe, un mois avant noël, pour pouvoir s'offrir la nouvelle voiture que ses voisins désirent. Cet homme au sourire permanent, sa sacoche de guitare en bandoulière, va peut-être enseigner la musique à des enfants qui n'ont pas les moyens de l'apprendre. Et cet enfant, justement, habillé comme un adulte, son air sérieux et passablement ennuyé signifie peut-être que, s'il avait pu choisir, il n'aurait pas assisté au mariage de sa grande-tante. Il y a le foot à la télé, sûrement. Celle-ci semble fière d'exhiber aux yeux du monde ses vêtements de marque, tandis que celui-ci longe les murs car les siens sont troués. Une adolescente tout de noir vêtue porte des écouteurs gigantesques ornés d'une tête de mort, hochant la tête en rythme. Moi, je danse au son des chaines accrochées à ses vêtements, qui tintent comme les cloches d'une cathédrâle. Il y'en a d'autres, beaucoup d'autres, c'est un peu comme visiter un zoo. 

Le monde entier concentré dans un lieu minuscule, ce n'est rien de moins que cela. Leur barque arrive, et ils grimpent tous dedans en se bousculant, comme si la mort attendait les retardataires. Puis ils s'en vont, et des dizaines d'autres les remplacent déjà. Moi, je ne bouge pas, je ne sais toujours pas où il convient d'aller, alors j'accroche un bout de moi-même à chacun des passants, en espérant qu'ils m'emportent dans leurs vies et me libèrent de la mienne.

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