vendredi 11 septembre 2009

Atmosphère.

C'est bientôt le soir, et la rue est infiniment longue. Elle monte, puis descend, forme des vagues insolentes et s'arrête sur une inévitable ligne droite. Je m'essouffle, et ses griffes me lassent. Souffrir est un jeu qui n'a de saveur que lorsqu'il est éphémère. C'est la fin de l'été, et l'exil du soleil est prévu pour dans deux mois. En attendant, il règne en monarque absolu sur la ville, dissipant quelques heures les ténèbres froides et grises de la réalité. L'après-midi agonise, et l'astre plonge à toute vitesse vers la boue, ne laissant plus qu'une lumière diffuse et dédaigneuse éclairer nos chemins, avec l'aide mécanique d'une forêt de réverbères. Ils sont plantés là, comme de gigantesques troncs qu'aucune fourmi n'aurait l'outrecuidance d'approcher. Ils ont l'apparence de la vie, avec cette lumière dans leurs yeux de métal, mais leur cœur est froid comme le nôtre. La rue autour de moi ressemble à une plage, et dans mon âme frappent d'odieux souvenirs teintés de crépuscule, qui me dégoûtent et me brûlent les yeux. Je vais bras nus, une délicieuse brise vient frôler ma peau, et m'oblige à garder négligemment deux doigts sur mon chapeau pour ne pas qu'il s'envole. Une fontaine s'élève, sur le côté, entre les bâtiments de pierre orangés. Je m'assieds. Le réverbère le plus proche de moi me dévisage, et je lui demande avec un sourire s'il a bien pensé à prendre les bouteilles. Il répond que non mais que, bon sang, il a du sable dans la bouche. Lorsque je m'éteindrai, nous irons prendre un bain de minuit avec tous les autres, me souffle-t-il. J'éclate de rire, et m'allonge sur une serviette en trempant mes pieds dans la fontaine, qui s'étend à perte de vue à l'horizon. L'eau est un peu froide, et me fait frissonner, au début. Il se fait tard. En face de moi, une jeune fille à la silhouette parfaite avance, un parapluie blanc couvrant ses cheveux pourpres. Ils ne le sont pas vraiment, je suppose, c'est sans doute un effet d'optique provoqué par l'éclat du réverbère. Il m'assure que non, qu'il n'a rien fait, et me laisse à ma contemplation pensive. Elle est belle, vraiment belle, et me rappelle douloureusement quelqu'un. Je la serre contre moi, comme un damné, mais il n'y a rien entre nous. C'est très bien comme ça. Encore de la magie, encore un peu avant l'exil.

C'est une belle soirée pour souffler la bougie. Disons que si j'avais pu choisir le moment de refermer le livre, c'est sans doute un instant de ce type que j'aurais voulu. Tout est si parfait, la fille est partie mais l'atmosphère est encore là, m'étouffant doucement entre ses bras tièdes. J'ai des images qui me viennent en tête, elle sont en noir et blanc sans que je sache pourquoi. C'est sans doute la mélancolie de l'instant qui l'exige. Je pense à toi, j'aimerais tellement me blottir contre ton corps, le visage enfoui au creux de ton cou, mais tu es trop loin. Il y a ces cafés, ces jardins, tous ces lieux que nous avons fait nôtres en y gravant nos âmes, en y peignant nos fantômes qui jamais ne les quitteront. Je t'aime. Il y a elle, aussi, j'en ai déjà parlé maintes et maintes fois et je le ferai encore. Une autre fois, cependant. Il se fait tard, plus tard qu'il ne l'a jamais été, la nuit qui tombe dehors n'est qu'une coïncidence, même le soleil le plus éclatant n'aurait pu altérer cette sensation de crépuscule dans l'âme. Il est tard, et je vous souhaite une bonne nuit.

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