jeudi 24 septembre 2009

Rouge.

C’est une pièce plutôt étroite, dépourvue de fenêtres et de portes, et sans aucune source de lumière apparente. Pourtant, une lueur presque sanguine, éthérée et diaphane illumine les murs, peints d’un rouge violent et agressif. Le sol et le plafond, séparés l’un de l’autre par à peine deux mètres, sont exactement de la même couleur, comme si l’architecte avait voulu réaliser un cube parfaitement uniforme en n’utilisant qu’un même pot de peinture. Il n’y a rien dans cette pièce, pas le moindre meuble, pas le moindre moyen de s’en échapper, rien à l’exception d’un jeune homme assit en tailleur, entouré de plusieurs centaines de dés noirs et blancs.

Il est de petite taille, et ses traits, bien que doux et féminins, ne laissent pas le moindre doute sur son sexe. Ses cheveux sont d’un roux flamboyant et s’accordent à merveille avec le reste de la pièce, il est par ailleurs vêtu d’un jean bleu déchiré aux genoux et d’une chemise noire légèrement entre-ouverte, dévoilant son torse imberbe et osseux. L’air concentré, presque perdu, il empile les dés les uns sur les autres jusqu’à obtenir plusieurs maisons et bâtiments, une sorte de petit village aux murs d’albâtre tâchés de noir.

Se relevant quelques instants, il sort de sa poche une dizaine de petites poupées qu’il aligne devant lui. Bien qu’ayant sensiblement la même taille, elles forment un ensemble disparate, avec pour seul point commun le même sourire figé dans une expression de bonheur artificiel. Le jeune homme les dispose un petit peu partout dans la ville qu’il a construite, et, en sifflant un air joyeux, lance un dé. Le résultat est un six, chaque petite poupée s’anime et sort de sa poche un fusil. Les maisons volent en éclats, les dés s’éparpillent partout sur le sol rougeâtre tandis que les petits bonshommes se courent après en tirant des rafales de munitions, arborant toujours le même sourire faussement joyeux.

L’homme aux cheveux rouges soupire, la mine lassée, puis s’allonge sur le sol en écrasant au passage l’une des poupées qui pousse un couinement d’agonie, et s’endort en position fœtale, la bouche entre-ouverte.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire