Je fixe ton ombre, accrochée au sol comme prisonnière des gravas. Dix secondes s’écoulent, ou peut-être bien plus, avant que je ne relève la tête et trouble la sérénité des nuages de mon regard blessé. Celle qui était piégée dans la boue, noyée dans les entrailles de la terre et à chaque instant foulée aux pieds s’étend désormais au plus-haut de ce monde, au milieux de ses pâles confrères. Je suis le libérateur, le messie que toutes les ombres attendaient, celui qui déchirera leur asservissement pour les jeter aux nues. Maladivement égoïste, pourtant, car je nourris l’espoir secret d’entrelacer mes doigts et leurs ailes d’obsidienne, pour me perdre un jour dans le plus profond des bleus. Du haut de ce royaume qui, à n’en pas douter, sera rapidement le mien, je cracherai sur vos corps simiesques avec toute la joie que l’on peut cueillir à l’arbre des vengeances. Mon œil inondera les vôtres, mes dents briserons vos mâchoires, et j’écraserais vos âmes misérables de mon talion-aiguille d’entre tous acéré. On me bâtira des édifices, on me sacrifiera des bêtes malheureuses, mais même les assemblées d’esclaves et leurs puériles litanies ne me suffiront pas.
Amen.
Amen.



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