C'était une nuit d'automne, au coeur de Paris,
Dans une triste rue aux macabres lumières,
Qu'aucun passant n'animait, ni le moindre bruit,
Une flasque à la main, je chantais ma misère.
Errant devant un bar depuis des siècles clos,
Je l'entendis murmurer d'une voix timide,
Qui aurait fait fondre le pire des salauds,
Et tomber l'averse dans les déserts arides!
« Bonsoir monsieur, qu'y a-t-il pour votre plaisir? »
Me demanda la pute, une moue crispée.
Mon air ébahi la fit éclater de rire,
Et mon âme d'alcoolique était envoutée.
Par ses cheveux d'or pur et son regard mutin,
Ses yeux comme du cristal, et son corps si fin!
À peine masqué par ses habits de catin,
À elle plus seyants que la soie et le lin.
« Pour mon plaisir, madame, il y a fort à faire,
J'aimerais vous libérer de votre misère,
Partir avec vous, votre main dans la mienne,
Vous montrer mon royaume et vous en faire reine.
Et aussi vous offrir de somptueux bijous!
Des souliers, des robes et tout ce que vous voudrez.
Que votre corps de déesse, ainsi sublimé,
Rayonne, et tous ne parleront plus que de vous. »
C'est ce que j'aurais aimé vous dire, mon ange,
Hélas, je ne suis qu'un bon a rien sans le sou
Las de se traîner jour après jour dans la fange,
Et qui rêve bien trop souvent lorsqu'il est saoûl!
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