lundi 31 août 2009

Le poisson noyé.

[Un texte écrit à deux mains, en collaboration avec Rémi. Écrit à la manière d'un cadavre exquis, en se basant sur le titre d'une chanson de Mucc.]


Cœlacanthe de cobalt, tes yeux vitreux furent emplis de compassion à mon égard quand tu me vis paraitre, si maigre face à toi. J'ai vécu durant des années la tête plongée sous l'eau, avec la funeste impression d'y être chez moi, dans un monde logique et droit, où nageaient des créatures qui me ressemblaient en tout point. Les flots ruisselant de ma bouche comme un écœurement de l’âme, je me mis à flotter sur l’onde sale et fangeuse du Gange tandis que tu photographiais ma carcasse livré aux aléas des trous d’eau. Un jour, j'ai constaté qu'au delà de ce que nous appelons le ciel, en vérité la frontière supèrieure de l'océan, se trouvait une étendue tout aussi vaste, pleine de mystères à dépecer, de créatures étranges et difformes. Et tandis que mes branchies battaient la chamade dans cet air poison, ma seule pensée fût de regagner la mer.

Je suis parti, j'ai erré d'un bout à l'autre de l'inconnu, mes yeux globuleux et vides se remplissant soudain d'une foule d'émotions dont je ne soupçonnais pas même l'existence. Qui des pêcheurs ou de moi virent en premier venir l’étrange mutation de cette peau qui en écaille s’envolait au rythme des saisons? Mais j'étais attaché à l'océan, mon enveloppe charnel comme une prison. L’odeur des algues, le parfum des algues, la chaleur des algues, tout pour m’engloutir vers cette forêt flottante, cette empire d’algues, mon seul royaume. Lorsque l'évidence me frappa, comme l'inexorable mise à mort d'un condamné, je décidai de plonger tout au fond de mon habitat d'origine, et de fermer les yeux pour vivre en esprit dans cet autre monde, le monde du dessus, qui me fascinait et me refusait.

La beauté de cette fille aux yeux protubérants, la bouche large comme celle des poissons, sa dégénérescence par delà le sexe fût l’hameçon de mes phantasmes. Il était trop tard, je me rendit vite compte que mes branchies étaient comme... obstruées. J'étouffais, j'étouffais dans ce monde où je ne pouvais décemment plus vivre. Je n'étais plus rien. Un poisson noyé.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire