mardi 25 août 2009

Lettre à personne- 1

L’ami,

Il doit y avoir une finalité, un but, une raison, une clé, il ne peut en être autrement .

On doit se lever, compartimenter notre esprit avec des mots. On doit engendrer, jeter en enfer plutôt. On doit travailler, non pas pour se payer une vie, car elle est toujours là, la vie, on travaille pour s’offrir la mort. On marche, on serre des mains, on rit etc. Mécanismes pré-enregistrés, mimétisme, regarde mon âme sur mon visage. Non, non, ce n’est pas ce que je voulais dire, d’ailleurs je ne veux rien dire, juste parler, un peu, cracher de l’absurde pour coller au reste. Je réfléchis, je remonte le plus loin possible à la source, et je me vois, seulement moi, et lorsque je regarde vers le futur je ne vois que moi, uniquement. Qu’est-ce qu’on fout là? Il doit y avoir une finalité, un but, une raison, une clé, il ne peut en être autrement . C’est confus, ce sont des tâtonnements dans le brouillard.

Voyons, je sais que tu es d’accord avec moi. N’est-ce pas absurde? La mort est ridicule, puisqu’elle est précédée d’une vie. Avant la vie, il n’y a rien, ça c’est logique, je peux le comprendre. Le néant n’a pas de sens, mais il n’en est pas non plus dépourvu. Après la mort, il n’y a plus rien, même chose. Mais entre les deux, pendant le minuscule laps de temps qui sépare l’infini de l’infini, il y a quelque chose. Ridicule, n’est ce pas? Il y a des gesticulations, des combats, des pleurs, des joies, je t’aime, je t’aime, etc. Puis plus rien, tout s’efface. Alors à quoi cela a-t-il servi? Je ne sais pas. Et c’est douloureux de vivre sans savoir pourquoi.

La vie est éphémère, et tout au sein même de la vie l’est. Hier, j’étais avec des amis dans Paris, à errer de parc en quartiers, de bars en cafés, etc. À rythmer de nos rires les klaxons des voitures qui allaient on ne sait où –quoi qu’il en soit, elles se rapprochaient de la mort -. J’étais bien, bien, comme à chaque fois, et après ce furent la solitude et le vide. Je pouvais compter mes pensées. C’est comme une drogue. C’est ça, c’est ça, le malheur est éternel, entrecoupé de moments de bonheur que l’on arrache au néant avec l’avidité du drogué, on défie l’éternel en grattant l’éphémère de nos ongles hystériques. Mais c’est vain, si vain que j’en souffre à chaque instant, pourquoi se battre alors que la finalité est toujours la même. Après la vie, il y a la mort, le néant physique. Après la joie, il y a le désespoir, le néant de l’âme.

Celui qui ne pense pas comme moi est fait de métal.

Mes meilleurs sentiments,

Paul.

1 commentaire:

  1. « Nous mourons par manque d'amour, par une absence, par le désespoir. Ce qui nous retiens à la terre, c'est l'amour, c'est la vie. La mort a été construite avec le sentiment de refoulement de l'Homme. Nous avons fabriqué la mort. »

    Voilà ce que ton article m'inspire.
    & Tu aurais pu dire que tu écris si bien ;)

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