jeudi 6 mai 2010

 

La lune à demi-pleine éclairait le parc entier d’une douce lueur diaphane, se réverbérant sur les brins d’herbe du parc encore humide de pluie. Quelques bancs disséminés sans aucune logique apparente , désertés à cette-heure ci de tout promeneur,  exorcisaient paradoxalement le sentiment de solitude que le jeune homme portait en bandoulière depuis son plus jeune âge.

 

Aussi loin que portaient ses souvenirs, il n’avait jamais existé. Oh, bien sûr, le miroir lui renvoyait toujours une image, mais nul n’avait jamais prêté attention à sa frêle personne- il n’était rien de plus qu’un coup de vent. La voix qu’aurait pu prendre sa mère en s’adressant à lui demeurait inconnue, et seuls sa chambre aux murs immaculés comme ceux des fous, et l’assiette qu’il trouvait chaque soir remplie dans la cuisine prouvaient qu’il n’était pas une simple illusion de lui-même- par et pour lui-même.

 

Il se donnait l’impression d’être un mort, dont les proches souhaitent encore l’anniversaire dix ans après leur disparition,  pour se souvenir, laisser une trace, une cicatrice… À l’école, il y avait toujours eu une place pour lui, mais nul pour le saluer, ni même pour lui lancer ce regard méprisant qu’il en était venu à espérer. Rien. Lorsqu’il lui arrivait parfois de bousculer une personne par inadvertance, celle-ci se retournait, haussait les épaules- incrédule, et reprenait son chemin comme si de rien n’était . personne ne le voyait, personne ne l’entendait,. Rien de plus qu’un fantôme.

 

Ce soir-là, comme tous les autres, il était allongé sur l’herbe au beau milieu du parc, et regardait défiler les nuages avec l’espoir tragique que l’un d’entre eux lui proposerait de danser, de rêver, d’exister un tant soit peu.

 

Bien conscient que nul ne l’attendait chez lui, il se leva finalement et décida de marcher encore quelques minutes. Quelques heures peut-être, s’enivrant d’une solitude qu’il avait pour une fois choisie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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